Microsoft et Sony auraient pu créer la Wii

Des révélations étonnantes.

Dans une interview accordée à nos confrères de CVG, Tom Quinn raconte en détail la genèse de la Wii et surtout le fait que Microsoft et Sony avaient refusé ce projet bien qu'il leur ait été présenté avant d'être soumis à Nintendo. Pour resituer toute l'histoire, il est important de savoir que Tom Quinn est celui qui a inventé la technologie gyroscopique qui fait la particularité de la Wiimote.

À la base, son but était de s'en servir pour diriger un avion, une idée que ce pilote prétend avoir eue à la fin des années 80, un jour qu'il était installé aux commandes de son Cessna. Afin d'étudier la faisabilité et l'utilité de la chose, Quinn fonde en 1989 sa propre société, Gyration, et commence à travailler sur son projet. Presque dix ans plus tard, il prend conscience que son système désormais au point n'intéresse par les sociétés d'aéronautique. Il décide alors de se tourner vers le monde de l'informatique et du jeu vidéo.

Début 2001, c'est d'abord à Microsoft qu'il présente son idée d'une manette capable de reproduire en trois dimensions les mouvements de son utilisateur, car, explique-t-il dans l'interview de CVG : « Par le biais de mes relations de travail, la première personne de l'industrie du jeu que j'ai pu contacter fut Steve Ballmer. Je lui ai décrit l'accessoire que j'avais mis au point et il a adoré cette idée. Il a immédiatement mis sur pied un rendez-vous à Redmond pour une nouvelle présentation face à l'équipe qui s'occupait de la Xbox. J'étais ravi, car les choses arrivaient à toute vitesse. » Hélas, Tom Quinn précise alors : « Ce rendez-vous s'est très mal passé. L'attitude adoptée par l'équipe tenait à dire que s'ils voulaient d'une manette de ce type, ils pourraient la mettre au point eux-mêmes et mieux. De mon point de vue, ils se sont montrés très impolis. En fait, ça s'est tellement mal passé que l'un des cadres est venu me voir après coup pour me présenter ses excuses. »

Ensuite, Tom Quinn raconte que lui et ses associés choisirent de porter leur attention sur les fabricants de consoles du Japon, et en priorité à Sony. « À l'époque, Nintendo ne se portait pas bien du tout, rappelle l'inventeur. C'était une société riche, mais dont les affaires n'étaient pas florissantes. Des rumeurs prétendaient que le patron allait perdre son poste, etc. Sony semblait donc offrir davantage de potentiel pour nous. »

Il faut savoir que parmi les investisseurs ayant permis la création de Gyration, se trouve un businessman japonais du nom de Larry Yoshida qui a des relations très fortes avec le monde du divertissement. Pour vous donner une idée, il connaissait même personnellement Akio Morita, le cofondateur de Sony, décédé en 1999. C'est donc par lui que passe Tom Quinn pour obtenir un rendez-vous auprès du fabricant de la Playstation. Et là aussi, ce fut… assez spécial.

« Je n'oublierai jamais cette réunion, explique Tom Quinn. Nous nous sommes retrouvés dans une petite pièce ou trônait un gros projecteur relié à un PC. Kutaragi est alors entré, s'est présenté à moi, s'est assis et, je vous jure que ce que je vous dis est vrai, il a fermé les yeux dès que j'ai commencé ma présentation pour ne les rouvrir que lorsque j'ai terminé. C'était vraiment une situation très bizarre. Malgré cela, je lui ai demandé ce qu'il pensait de ce projet.

Sa réponse fut : pouvez-vous produire cette manette pour 50 cents ? J'ai ri en disant que c'était impossible. Je suis donc reparti encore une fois les mains vides et, cette fois-ci, j'étais vraiment au trente-sixième dessous. Il ne faut pas oublier que Sony et Microsoft étaient les deux plus gros fabricants de consoles. Nintendo n'allant pas très bien, nous n'avions pas vraiment imaginé travailler avec eux. »

Pourtant, des changements radicaux s'opérèrent à la tête du « Big N » juste avant le départ de son P.-D.G. historique, Hiroshi Yamaushi. Atsushi Asada fût appelé à le remplacer, mais, désormais, ce ne serait plus un seul et même homme qui dirigerait Nintendo, mais un comité de six personnes ce qui, en théorie, devrait permettre d'envisager des idées plus novatrices afin de sortir cette société de l'ornière dans laquelle elle se trouve. Et devinez qui jouait au golf avec Atsushi Asada avant qu'il ne devienne le grand patron de Nintendo ? Ceux qui ont répondu « Akio Morita » ont gagné.

Grâce à lui, Tom Quinn rencontra l'équipe dirigeante de la société et, là aussi, la manière dont il décrit l'entrevue (même si on sait qu'elle s'est mieux passée que les deux précédentes…) ne manque pas de sel : « Asada ne parlait pas très bien anglais, mais il était entouré de huit collaborateurs : des cadres, des ingénieurs et des programmeurs. Ceci dit, sur le moment, je ne savais pas qui ils étaient. Cela faisait une vingtaine de minutes que j'étais lancé dans ma présentation, la même que j'avais faite devant Microsoft et Sony, quand Asada m'a interrompu en demandant s'il pouvait discuter un instant avec son équipe. Je me suis alors dit que ça recommençait comme avant. Ils se sont mis à parler entre eux devant moi et j'ai constaté que le ton montait. Plus tard, on m'a expliqué que certains cadres étaient opposés à mon idée de manette tandis que d'autres étaient très enthousiastes. Et soudain, alors que tout le monde parlait de plus en plus fort, Asada a hurlé quelque chose et le silence s'est fait immédiatement. C'était réglé. Il avait décidé d'acheter nos brevets et d'investir dans notre société. » Et comme le veut la formule, la suite fait partie de l'Histoire…

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