Virtua Fighter 5

Duels et bastons en haute définition à tous les étages...

C’est avec une certaine angoisse que je prends la plume (le clavier en l’occurrence) pour rédiger cet article. Quand on a pour travail de critiquer des jeux, une multitude de gens, proches ou non, ne manquent jamais de vous donner leur avis sur tel ou tel. C’est une chose à laquelle je suis habitué, mais depuis que Virtua Fighter 5 a atterri sur mon bureau, je suis proprement sidéré par le nombres de ces avis non sollicités et importuns.

Ma boîte de réception MSN est encombrée de gens qui tiennent absolument à me donner leur avis sur Virtua Fighter; mes amis m’ont laissé des commentaires rapides pour me dire à quel point ils aimaient (ou détestaient, dans certains cas) cette vénérable franchise tout en attendant mes réponses d’un oeil froid et suspicieux. Aujourd’hui même, j’ai appris que ma copine aimait la série parce que c’est « le plus technique des Beat ‘hem Up (descendez-les tous) »

J’aurais dû me douter qu’on en viendrait là. Je connais des gens (parmi ceux qui liront cette article et jugeront de mon humanité à l’aune de ce que j’écris) qui ont dépensé plus en frais d’expédition et droits de douane pour des manettes d’arcades démentielles dans des boîtes métalliques que la plupart des gens pour se nourrir pendant un mois entier ; et tout ça pour VF. J’a eu plusieurs fois l’occasion de me balader dans des salles de jeux à Tokyo et j’ai pu me rendre compte de la dévotion silencieuse des fans de VF, qui se rassemblent dans ces saints lieux, emplis d’une ferveur toute religieuse pour ces salles d’arcades consacrées. J’ai rencontré des gens qui parlent des meilleurs joueurs mondiaux de VF dans les mêmes termes qu’utilisent mes parents pour parler du pape.

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La différence de taille entre certains personnages est étonnante.

Je ne fais pas la critique d’un jeu, mais d’une religion.

(Catholicisme: Vénérable pilier du genre. Une iconographie fantastique et une musique qui vous prend aux tripes. L’ajout de la vierge Marie en tant que personnage jouable en plus de Jésus lui donne l’avantage sur les autres religions de la franchise Abraham en termes de diversité, même si l’oppression constante et la focalisation récurrente sur la culpabilité et l’autodépréciation, qui sont au coeur du mécanisme du jeu, lui rendront peut être difficile de s’imposer au-delà du créneau de ses habituels fanatiques. Très bien conçu cependant 6/10)

High Kick

Si la passion débridée des fans de VF vous laisse un peu pantois, rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls. Même s’il peut légitimement prétendre être le père du genre « Beat 'em up 3D », Virtua Fighter n’a jamais été le jeu le plus populaire du monde. Des jeux de baston comme Tekken, Soul Calibur et Dead Or Alive on reçu un meilleur accueil du grand public, en particulier hors du Japon, qui est la forteresse de VF. Je ne veux pas dire par là que les Japonais sont meilleurs ou pires que VF, à chacun ses préjugés, mais simplement qu’ils ont emprunté un chemin différent et qu’en suivant ce chemin ils ont réussi à séduire hors de leurs frontières.

Alors, à qui plait VF ? La vraie réponse est d’une banalité confondante : aux fans du genre, les passionnés de « Beat 'em up », qui tiennent à jouer avec des personnages parfaitement équilibrés, à maîtriser les arcanes d’un système de combat profond, et à avoir un jeu conçu pour être le théâtre idéal d’un affrontement équitable. VF méprise comme autant de gadgets inutiles les différents modes additionnels et autres afféteries introduits par ses concurrents au fil des années ; cela ne contribue pas à améliorer le réalisme du combat et il n’y a donc pas de place pour cela dans cette franchise. C’est le « Beat 'em up » dans toute sa pureté.

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Le nouveau combattant El Blaze est lustré, plein de sueur et hiératique comme un scout à une jamboree. En plus il ME pointe du doigt ; Maman j’ai peur !

Commençons donc par ça : le triomphe surprenant de VF5. Ce jeu veut avant tout proposer des personnages parfaitement équilibrés, chaque personnage étant unique sans que l’un ou l’autre ait un avantage global sur un autre. Il veut offrir un système de combat sophistiqué, technique et complexe, où les mouvements deviennent des ballets et les ballets des stratégies au fur et à mesure que les joueurs maîtrisent mieux les mécanismes du jeu. Il se veut une arène parfaite pour affronter ses adversaires, aussi équitable et équilibrée que peut l’être n’importe quel terrain de sports, où deux jouent s’opposent et où le meilleur gagne.

VF5 parvient à atteindre tous ces buts incroyablement ambitieux. Non seulement il y parvient, mais il y parvient avec style.

Aucun autre jeu de baston existant ne peut égaler la beauté complexe de la mécanique de jeu de VF5. Le titre a été retravaillé et poli pour le public le plus exigeant qui soit : des fans à la critique acerbe qui hantent les salles d’arcades du Japon et d’ailleurs. Tout en provenant en droite ligne de VF4 et VF4: Evolution, VF5 a évolué avec l’ajout de deux nouveaux personnages, de quelques améliorations intéressantes aux styles de combat de l’écurie existante. Les deux petits nouveaux, El Blaze and Eileen, se battent respectivement dans le style d’un catcheur Mexicain et d’un singe extrêmement en colère (il paraît que dans ce dernier cas, il s’agit d’un art martial appelé kou-ken, mais il n’empêche qu’entre deux assauts elle ressemble à un chimpanzé qui s’est fait volé un régime de bananes !), ce qui les différencie des autres personnages et donne un nouveau défi à relever aux vieux routiers du jeu. Même à ce niveau là, le jeu continue imperturbablement à regarder le monde d’en haut sur sa corde raide en maintenant un parfait équilibre malgré l’introduction de nouveautés.

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En parlant de côté théâtral, sur cette image ce gros prétentieux de Lion se fait baffer par un vieil homme. Génial !

Il est également totalement évident que le jeu est destiné aux joueurs purs et durs si l’on s’en réfère à l’habillage spartiate de la fenêtre autour des combats. On peut stocker tout un tas de profils dans les jeux sauvegardés, consulter les statistiques détaillées pour la progression des différents personnages , et il y a un mode Dojo complet qui permet de s’entraîner à exécuter les mouvements que l’on connaît et en apprendre de nouveaux. Malgré tout, si l’on veut vraiment devenir bon à ce jeu, le Dojo ne fait guère plus que montrer le chemin ; la seule manière de devenir vraiment super fort à VF c’est de combattre, combattre et toujours combattre.

En plus du mode arcade standard (combattre un certain nombre d’ennemis et le boss pour finir, le modèle classique de tous les « Beat 'em up » depuis l’aube des temps ; enfin, depuis StreetFighter), il y a aussi un mode « Quête » qui permet de se frotter à des adversaires AI très divers en voyageant parmi différents jeux SEGA et de prendre part à des tournois VF virtuels. Vous avez bien lu, le mode « Quête » ne consiste pas à incarner un guerrier à la recherche des assassins de son père ou quelque chose du genre, mais vous demande de jouer un combattant VF qui voyage parmi les jeux d’arcades pour affronter des adversaires. Vous ai-je déjà dit que c’était plutôt réservé aux passionnés ?

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