Red Steel

Tranchez du Yakuza à coup de Wiimote !

En faisant les premiers niveaux de «Red Steel », je n’arrêtais pas de penser à «GoldenEye », et je n’arrivais pas à savoir pourquoi. Ce n’était pas à cause des armes, pas à cause l’excellence du design (une chose dont Red Steel » ne peut malheureusement pas se prévaloir), pas non plus à cause d’environnements ressemblants ou d’éléments de décor familiers ou quoi que ce soit d’autre d’immédiatement évident. Puis, tout d’un coup, j’ai compris que c’était juste parce qu’il ressemblait à «GoldenEye » ; j’y retrouvais les mêmes personnages mal dégrossis, les mêmes textures un peu floues et le débit d’images saccadé que j’avais sous les yeux en 1988 quand je jouais avec ma N64 sur un vieil écran bien pourri. Bien évidemment, on n’en est pas à ce point là, du moins quand on n’oublie pas de basculer la Wii en mode 480p, mais on est immédiatement frappé par la laideur épouvantable et jamais démentie de «Red Steel ». Il paraît à moitie achevé, comme un brouillon, avec des niveaux linéaires ponctués de séquences de story-board, constituées d’image fixes, qui tentent de se faire passer pour des intermèdes cinétiques.

C’est tout a fait dommage, car «Red Steel » a ses bons moments. La prise en main immédiate des contrôles et quelques rares décors inspirés (une maison de geisha, ou un jardin Japonais, ou un parc d’attraction déjanté) contribuent parfois à un faire un jeu d’action hilarant et explosif. Une atmosphère sous jacente de chaos imprègne «Red Steel» et, quand l’action explose à l’écran avec des ennemis qui surgissent de partout, que ça commence à défourailler spontanément de partout et que l’on est debout à tirer comme un malade sur l’écran tout en essayant de se reculer pour se mettre à couvert, on a envie d’aimer ce jeu et, de fait, on l’aime vraiment. Malgré tout, «Red Steel » paraît tout aussi souvent démodé et mal fini qu’il semble palpitant en certaines occasions et, même si les contrôles contribuent parfois beaucoup à rendre passionnant un jeu tout à fait moyen, il ne parvient jamais à être aussi bon qu’on ne le souhaiterait.

«Red Steel » conte l’histoire d’un Américain sans visage et sans voix du nom de Scott qui cherche à infiltrer les yakuzas de Tokyo pour secourir sa fiancée, la fille d’un chef influent dont l’hôtel de Los Angelès est dévasté au début du jeu. La description du milieu Yakuza n’est pas la plus crédible qui soit, mais elle constitue une justification plausible au fait que la majorité du jeu se déroule dans un Japon urbain baigné de néon, ce qui sauve parfois la mise. Les missions elles-mêmes sont extrêmement linéaires, même si l’on peut parfois choisir dans quel ordre les faire. A deux ou trois exceptions près, il n’y a aucune digression possible : il faut aller d’un bout du niveau à un autre en dégommant des tonnes de gangsters et dégainer son épée pour affronter les adversaires les plus dangereux. L’histoire n’a rien de vraiment passionnant, mais la voix de série B et les retournements de l’intrigue correspondent bien à l’action.

1

La gestion des tirs en elle-même est excellente. Comme le savent tous les fans de combat à l’arme légère, il est infiniment plus réjouissant de viser physiquement l’écran et de tirer que d’utiliser des boutons et un tir réussi est infiniment plus gratifiant quand on a fait la visée soi-même. La visée automatique est parfaitement équilibrée ; elle contribue à compenser le tremblement occasionnel des contrôles sans dévaloriser la réussite du tir. En maintenant le bouton A enfoncé on verrouille le tir sur un ennemi spécifique et, en avançant la télécommande vers l’écran, on zoome dessus, ce qui devient rapidement une seconde nature. Le système de concentration, grâce auquel on peut utiliser la « vieille technique Ninja » consistant à arrêter le temps pour désarmer un ennemi ou en tuer plusieurs à la fois, est un peu superfétatoire, mais elle fonctionne bien. Vers la fin en particulier, épargner des vies en forçant l’ennemi à se rendre est souvent plus utile que tirer sans réfléchir.

Malheureusement, les combats à l’épée ne tiennent pas leurs promesses. Les contrôleurs semblent avoir de sérieuses difficultés à prendre en compte autre chose que les larges mouvements de balancier et il semble n’y avoir aucune précision. Monument de stupidité, la parade et l’attaque sur le bras de l’ennemi qui tient l’épée sont censées s’effectuer avec exactement le même mouvement et, à cause du côté aléatoire de l’ensemble, la façon la plus simple de battre ses adversaires est de répéter à l’infini les mêmes coup spéciaux puissants ou, encore pire, de balancer simplement le contrôleur de droite et de gauche au petit bonheur la chance et de voir ce qui passe. Au mieux, on échange des coups, mais on est bien loin de la subtilité d’un combat à l’épée. Il est par ailleurs exaspérant que les combats à l’épée soient souvent programmés à la fin des chapitres, ce qui force à rejouer depuis la dernière sauvegarde et à se retaper cinq minutes d’un mitraillage ennuyeux et répétitif avant de mourir une fois de plus quand les épéistes arrivent. Il est tentant de simplement leur tirer dessus quand ils s’avancent, mais il va de soi que l’on ne peut pas le faire, par plus qu’on ne peut sortir l’épée pour achever un ennemi dans la partie où l’on utilise les armes à feu.

2

« Red Steel » est intrinsèquement un jeu démodé, linéaire, moche et directif, mais par ailleurs réactif, explosif et souvent extrêmement divertissant. Il offre quelques moments inspirés et une aventure solo consistante, mais l’ensemble est plombé par un graphisme exécrable et l’impression diffuse que « Red Steel » n’est pas tout à fait fini, qu’instillent les séquences soit disant cinétiques, qui ne sont en fait que le défilement d’un story-board image par image, l’animation saccadée, ainsi que l’étrangeté et le minimalisme de ce qui tient lieu de textures. Tout cela ne suffit jamais à gâcher le plaisir que procure « Red Steel », mais à une époque où l’on attend d’un FPS qu’il soit beau et bourré d’action, il n’est tout simplement pas au niveau. «Red Steel » est un prototype, il en fait juste assez pour montrer qu’un jeu d’action à la première personne sur Wii pourrait être vraiment génial, mais il n’utilise malheureusement jamais ce potentiel.

7 / 10

Comment nous attribuons nos notes Red Steel Keza MacDonald Tranchez du Yakuza à coup de Wiimote ! 2007-05-17T18:32:00+02:00 7 10

Commentaires

Fermés

  • Chargement