The Witcher

Un RPG ensorcelant...

En 2008, je fête un anniversaire : mes 30 ans de jeux de rôles. Et oui, il y a trois décennies, j’entrais en sixième, et au détour d’une porte du lycée je découvrais des «grands» - des terminales - qui jouaient à Donjons & Dragons. Quelques minutes plus tard j’avais attrapé le virus et il ne m’a pas quitté.

Je joue toujours avec des potes à D&D, imaginez une bande de quadras en trains de se gaver de bonbons Harribo, s’amusant comme des gamins autour d’une table avec des dés et des figurines, se prenant pour des magiciens ou des chevaliers terrassant des monstres improbables. Que voulez-vous, on ne se refait pas !

Bien évidemment, mon âge canonique - pas aussi ancestral que celui de Laurent, mais respectable tout de même - m’a permis de vivre l’histoire des jeux de rôles sur ordinateur. Des premiers jeux textuels sur Apple II à World of Warcraft. Je ne compte plus les nuits passées sur Eye of the Beholder, Lands of Lore, The Elder Scrolls et autres Baldur’s Gate. Baldur’s, quelle révolution dans le JDR sur PC, quel chef d’oeuvre signé Bioware, puis Planescape Torment, Neverwinter Nights. J’ai toujours préféré les jeux «point and clic» aux jeux à la troisième personne. Question de goût. Jusqu’à World of Warcraft. Depuis WoW j’ai du mal à jouer en solo à un jeu de rôles sur ordi et ce n’est pas Neverwinter Nights 2, un poil décevant qui m’a fait changé d’avis. D’autant que je dois être un des rares rôlistes à ne pas avoir accroché à Oblivion…

Puis voici que débarque The Witcher, un titre tiré d’un best seller d’Heroic Fantasy polonais, développé par CD Projekt, une société de Varsovie, jusque là plus connue pour la localisation et la distribution de jeu en Europe de l’Est que pour ses créations. Lors d’une preview faite il y a quelques semaines, je ne cachais pas mon enthousiasme pour ce titre. Et autant le dire tout de suite la version finale de The Witcher m’a franchement emballé, elle m’a tout simplement redonné l’envie de passer des heures sur un jeu de rôle solo dans la lignée des meilleurs titres de Bioware.

1

The Witcher marque le retour d’un vrai bon jeu de rôle solo sur PC dans la lignée des meilleurs titres de Bioware.

Une écriture résolument adulte

Et pourtant, le postulat de départ de The Witcher pourrait en rebuter plus d’un, puisqu’il ne vous propose pas de choisir ou de créer son personnage, mais d’incarner un héros imposé : Geralt de Riv, un Sorceleur. Je ne saurais que trop vous conseiller de jeter un oeil à la preview du jeu qui contient déjà pas mal de détails sur le gameplay, mais je dois cependant vous avouer que j’ai fait une petite erreur dans cette dernière. Lorsque je suis allé jouer pendant une journée entière à The Witcher chez Atari début octobre, je pensais avoir commencé par le début du jeu, le «Chapitre Un». Il se trouve qu’il y a un petit chapitre d’intro, juste avant qui permet de se familiariser avec les principaux contrôles du jeu, du personnage et le système d’expérience. Ça ne change pas grand-chose, mais je tenais tout de même à le préciser. Le jeu n’en commence pas moins sur les chapeaux de roues.

2

Des dialogues crus et des filles sexy, The Witcher est certainement le JDR le plus adulte de ces dernières années.

Ce qui m’a par contre sauté aux yeux par rapport à la version preview, peut-être parce que certaines subtilités de la langue de Shakespeare m’avaient échappées, c’est l’aspect vraiment adulte du jeu. Les dialogues sont grossiers à souhait, autant que l’on puisse l’attendre d’aubergistes avinés, de marchands cupides, d’aventuriers et de brigands prompts à dégainer leurs armes. Les filles sont sexy, parfois aguicheuses et l’on peut jouer la séduction pour finir au lit avec certaines d’entre elles. Des scènes suggérées par l’apparition d’un portrait légèrement dénudé de la demoiselle avec laquelle on est en train de faire des galipettes. Mais au-delà de cet aspect amusant, les personnages que l’on croise sont absolument géniaux. Il y a des types biens, de vrais salauds et les rebondissements dans le scénario sont courants.

3

Le journal des quêtes est un vrai must en la matière, on a envie de tout lire spontanément.

Je ne vous révèlerai pas la fin du premier chapitre, mais c’est une sorte de retournement de situation qui m’a vraiment surpris. Je ne me rappelle pas m’être fait autant bluffer dans un JDR depuis des années. Plus généralement le scénario est dense, orignal et bien écrit. Il y a plein de dialogues et d’énigmes à tiroir. Au point d’ailleurs que les combats la plupart du temps passent au second plan au profit d’une véritable énigme policière où il faut interroger des PNJ, trouver des indices, puis revenir parler avec eux, et cela parfois plusieurs fois avec entre chaque discussion des quêtes à résoudre. On pourrait s’y perdre, mais heureusement, le journal dont on dispose dans sa fiche de personnage est extrêmement clair et bien fait. Il y a des entrées par lieux, personnages, quêtes, etc. C’est un outil fantastique et l’on peut même suivre sur la carte et la mini-carte les quêtes actives. C’est vraiment un modèle du genre !

La problématique du racisme est un des autres points remarquables et très adultes du scénario de The Witcher. En effet, dans le jeu, la plupart de gens sont racistes. Xénophobes envers les non humains (elfes et nains principalement) mais également envers le personnage que l’on incarne qui est un mutant facilement reconnaissable à ses yeux de chats et sa chevelure argentée. Résultat, on se fait souvent insulter voire rejeter et il faut parfois batailler avec un aubergiste particulièrement beauf pour être servi dans une taverne. Cela donne un sentiment de jouer une sorte de paria, qui pourtant est là pour aider les gens à se débarrasser de bestioles dangereuses et démoniaques, une sorte de sacerdoce en quelque sorte.

Le racisme conditionne également une partie du scénario du jeu. Certains non humains se sont en effet regroupés dans une sorte d’armée de libération clandestine qui mène des raids contre les humains. Vous aurez l’occasion dans le jeu de les aider ou de vous opposer à eux. Car en termes de choix moral, The Witcher, là encore, se révèle très adulte et laisse une grande liberté au joueur pour rester neutre parfois, mais le plus souvent pour pencher vers le camp des salauds ou des indigents.

Commentaires (1)

Fermés

  • Chargement