Alt-Minds TEST

Peut-on noter une émotion ?

D'habitude, quand on chronique un jeu, que le jeu se vende ou pas, on n'en a rien, mais alors vraiment rien à foutre. On n'a pas d'actions chez les éditeurs, on ne se fait pas des bouffes chez Bobby Kotick tous les dimanches.


Là, non.

J'ai véritablement envie que vous découvriez Alt-Minds, parce que cet Alternate Reality Game, ça fait du bien, tout simplement. Régulièrement, on parle de l'originalité d'un titre ; est-ce qu'il apporte quelque chose de neuf, un souffle d'air frais à sa catégorie. Là, la catégorie n'existe pas. Et c'est véritablement un jeu - je n'aime pas ce terme devenu fourre-tout, mais par commodité on va dire comme ça - intelligent. Non, les jeux ne se divisent en deux catégories, les choses intelligentes et les choses idiotes. Je pense qu'il y a de l'intelligence dans les jeux d'action et pas mal de stupidité dans les jeux qui se disent au-dessus de la masse des jeux à réflexe. Et puis jeu intelligent, à notre époque, je ne sais pas si ce n'est pas un peu trop négatif. Oui, quand on joue de façon active (je reviendrai là-dessus, c'est important), on se sert de cellules grises. Et c'est « culturel », aussi.

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J'ai volontairement caché les mots qui peuvent servir à résoudre les énigmes, ce n'est pas le site qui a un bug.

Alt-Minds est-il un jeu vidéo ? La question est bateau, mais souvent, quand on a un titre qui sort un peu de l'ordinaire, on se la pose. Là, c'est quand même plus que légitime et bien que par commodité on puisse dire que oui, c'est un jeu vidéo, ça va tellement au-delà de ce que l'on a l'habitude de voir que des chroniques dans des magazines tout à fait sérieux ne devraient pas être exclus. Je l'espère. Mais commençons par le début.

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Chaque jour, un récapitulatif de ce qui s'est passé.

J'aime tous les bons jeux, mais jamais un headshot ne remplacera le plaisir ressenti dans Alt-Minds , lorsque je découvre la ville qui correspond aux initiales planquées dans un message codé. Jamais un rush réussi ne remplacera la fierté que j'ai eue lorsque mon fils est arrivé pour m'expliquer cette histoire de mythologie mésopotamienne de Gilgamesh, alors que j'étais parti sur une fausse piste. À aucun moment, un but d'un jeu de foot ne se hissera au niveau du moment où vous vous apercevez que vous commencez à connaître tout de la vie d'un célèbre physicien ou que vous apprenez vos premiers mots de serbe, nécessaires pour comprendre tel ou tel message . Oui, Alt-Minds, c'est tout ça. On a la très étrange impression que Google, Facebook, Tweeter, Deezer, les mails, les téléphones portables, les tablettes - et pas mal d'autres choses qui viendront inévitablement - ont été créés uniquement pour que Viennot puisse faire son jeu.

On a la très étrange impression que Google, Facebook, Tweeter, Deezer, les mails, les téléphones portables, les tablettes - et pas mal d'autres choses qui viendront inévitablement - ont été créés uniquement pour que Viennot puisse faire son jeu.

Cet ARG est une enquête policière. Le début de l'histoire est assez simple. Cinq étudiants de la faculté de Belgrade ont disparu. Ils appartenaient au groupe MHD6. Les autorités locales prennent l'affaire un peu par-dessus la jambe. Ces étudiants, des spécialistes dans des domaines très variés (l'IA, la physique des plasmas, la physique fondamentale, l'archéologie et l'électrodynamique quantique) travaillaient plus ou moins pour la Fondation, une firme qui semble bien plus pressée de les retrouver que les services de police serbes. Mais sans leur appui, difficile d'avancer. Un appel à témoins est lancé. Et ce sont les internautes dans leur ensemble qui seront mis à contribution. Sur place, à Belgrade, se trouve Audrey Marjorin, une ex-fliquette s'est mise à son compte et travaille pour la Fondation. Elle recueille des indices, interroge des protagonistes. C'est elle qui apporte toute la matière première pour les internautes. On peut aisément imaginer qu'à travers ses déplacements à Belgrade, elle n'ait pas autant de temps que « nous » pour étudier chaque petit bout de papier, pourtant riche en enseignement.

Les découvertes de la communauté lui permettent d'avancer le lendemain, de penser à de nouveaux interrogatoires. La semaine a fait pas mal évoluer les choses. On est désormais à peu près certains que les cinq étudiants travaillaient sur une machine d'un grand scientifique et que ça a dérapé. Une sorte d'EMP a blessé pas mal de monde sur le campus, provoquant des saignements de nez, des nausées et de gros maux de tête. C'est après cet incident que la trace des jeunes a été perdue. En cette fin de semaine, on suit leur piste. On sait qu'ils ont loué une voiture et qu'ils ont laissé quelque chose dans la consigne d'une gare. On sait aussi que la machine qu'ils ont utilisée suscite la convoitise. Dans les « points sur l'enquête », la partie communautaire du jeu, les commentaires vont bon train sur ce qui a pu se passer.

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Le fil d'actualités où l'on suit tous les échanges entre Audrey et la Fondation.

Cette première semaine qui s'achève aujourd'hui va nous permettre de souffler jusqu'au premier décembre, date de sortie du second chapitre de Alt-Minds.

De l'aveu même d'Éric Viennot, c'est une mise en bouche, les choses sérieuses débarqueront à ce moment-là. Ah, oui, j'avoue, je suis ami avec Viennot sur Facebook. N'y voyez pas une collusion quelconque : pour une fois qu'on a créateur disponible à qui on peut poser toutes les questions possibles - et qui n'attend pas un signe de tête affirmatif d'un attaché de presse pour savoir s'il peut répondre à un journaliste - on ne va pas se gêner.

Je ne peux résister au plaisir de décrire la dernière énigme que j'ai résolue. Après une visite chez un loueur de voitures, on apprend que les jeunes ont oublié un papier, un ticket pour une consigne. Malheureusement, le tampon qui permettrait d'identifier facilement le lieu est assez peu lisible. On passe donc par l'interface qui permet de modifier les couleurs, le contraste et la luminosité d'un document. Jusque-là, rien de difficile (on a eu auparavant le même genre de challenge ; c'est d'ailleurs revenu un peu souvent et ce n'est pas le défi le plus gratifiant, le hasard des réglages rentrant en compte). On arrive rapidement à des initiales. J'essaie de spoiler le moins possible pour qu'une recherche Google ne puisse pas donner les résultats qui gâcheraient évidemment le plaisir de l'enquête.

En savoir plus sur Alt-Minds

Dans une petite partie du coupon, on a quand même un logo. On sait que le ticket est de Belgrade. Le premier réflexe est de traduire un mot de serbe en français. Merci Google Traductions, une fois de plus : j'apprends que Stanica, ça veut dire Station. Oui, mais quelle station ? Bus ? Gare ? Tramway ? Au décryptage, c'est plus précis, des mots apparaissent, des initiales puis Beograd, ce qui se traduit par Belgrade, en local). La recherche Google ne donne rien. Dans Google Images, je retrouve le logo du coupon : il s'agit de la compagnie des chemins de fer serbes (Serbian Railways ou Zeleznice Srbije). Je fais des recherches sur les deux séries de mots, les associe aux initiales. Je recommence tout. Puis me vient l'idée de ne plus penser à la compagnie des trains, mais aux gares en elles-mêmes. Tout se serait rapidement éclairci si les initiales avaient été GCB, comme Gare Centrale de Belgrade. Mais sur un ticket serbe, il faut penser en serbe. Deux heures pour en arriver là. Le reste n'était que le pointage d'un curseur sur une carte de la ville. Que je commence à connaître à force de l'explorer sur Google Earth ou Maps.

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La vérité est ici.

Et là, vous vous dites : Oulah. Deux heures pour une énigme, c'est long. Oui, mais ce n'est qu'une approche d'Alt-Minds. On peut passer cinq minutes par jour, ça suffit amplement ; tout dépend du degré d'implication que vous vous donnez. Le fait de coincer complètement sur une énigme n'est absolument pas pénalisant. C'est toute la communauté qui cogite et on n'est pas en pleine guerre des polices. Audrey partage les informations. Donc, après la résolution de mission, vous marquez des points, ou pas, si vous vous êtes plantés. Mais la vie continue. Vous aurez la réponse à l'énigme dans la matinée du lendemain.

Et c'est là qu'on est véritablement dans le cross-média transgenre ! Impliqués, vous vivrez une enquête policière on ne peut plus immersive où vous commencerez vraiment à vous prendre pour un de vos héros préférés. Moins impliqué, en suivant de loin, ce que l'on vous déconseille évidemment, vous suivrez une histoire exactement de la même façon que vous suivez une série télé. Avec des coupures de deux semaines entre deux chapitres et des cliffhangers. J'imagine que l'on ne va pas rester à Belgrade éternellement et que le passage à un autre chapitre nous fera changer de région. Ces coupures ne sont de toute façon pas complètement vides. Je reste persuadé qu'on en profitera pour explorer des pistes qui nous ont échappé, ajouter quelques amis Facebook, prendre un peu de recul sur toute l'enquête pour bien discerner les éléments importants des autres.

Après, on peut passer encore plus de temps, je pense. Dans un premier temps, j'ai essayé d'ajouter en ami tous les protagonistes de l'affaire à mon Facebook. Évidemment, ça donne des résultats, des pistes, qui mènent vers des faux sites web créés pour l'occasion, des choses qui rendent l'immersion encore plus totale. C'est quelque chose qui m'avait un peu troublé. Mais Viennot m'a expliqué : pas besoin de créer un compte Facebook ou Twitter spécialement pour le jeu. Toute l'enquête peut se résoudre avec uniquement le Dashboard, l'interface du jeu. Pas besoin de posséder une tablette non plus ou d'un téléphone portable. C'est mieux, c'est du plus qui renforce l'immersion, mais ce n'est pas obligatoire. Au mieux, on découvre quelques bricoles plus vite quand un faux Facebook vous donne un lien. Mais ce sont des bricoles annexes, non indispensables à la résolution des énigmes.

Ce qui est parfaitement troublant, c'est la navigation, quand on commence à chercher vraiment à être super impliqué. Dans in Memoriam, on passait de faux site en faux site et on les identifiait parfaitement. Là, on passe d'un article du Monde.fr (qui a tout de même précisé en bas de page que l'article était fictif) à la page d'une agence de location de voiture serbe, elle aussi fausse. Et puis soudain on passe à d'autres choses. Et ce sont ces autres choses qui perturbent. Dans l'énigme décrite à la page précédente, je suis passé par un site qui pourrait être faux ou pas. Aucune certitude ! Et je suis persuadé que l'on pourra résoudre certaines énigmes de Alt-Minds via des sites auxquels les développeurs n'avaient même pas pensé. D'ailleurs, j'ai réussi à résoudre l'énigme précédente par Google Maps, le vrai Google Maps. Il est n'est pas impossible qu'en passant par le site officiel de la gare, d'autres joueurs aient également pu trouver.

Avant d'en arriver à la conclusion, j'ai encore quelques remarques rapides sur l'expérience de jeu. Les résultats écrits que l'on doit donner pour résoudre les énigmes sont plutôt stricts. Une des missions consistait par exemple à retrouver le nom d'une chanteuse serbe via un faux profil Deezer ; la réponse exigeait le prénom ET le nom. Je n'avais saisi que le nom et je n'ai pas eu tous les points escomptés. On m'a expliqué que le problème serait résolu et que les résultats seraient plus coulants à l'avenir, car nous sommes nombreux à avoir raté le coche.

Un bon classement dans le Leaderboard (basé sur la rapidité) permettra sans doute de déverrouiller des choses plutôt intéressantes. Comme la possibilité, par exemple, de jouer le jeu IRL, grandeur nature. Rencontrer Audrey, en vrai ? Qui sait. Je m'avance peut-être. Il est tout de même évident que ce seront les meilleurs, qui comprennent tout de l'histoire, les plus impliqués, qui auront ce genre de privilège. La partie IRL a d'ailleurs plus ou moins commencé hier avec la réception d'un appel téléphonique bizarre. Oui oui, sur mon téléphone à moi dans ma maison !

On a aussi droit à des minijeux. Un seul pour le moment, mais d'autres suivront. Vous en expliquer les règles prendrait des plombes. Oh, vous pouvez tiquer au terme "minijeu". Rassurez-vous, ça n'a rien de crétin ou fait en deux minutes, c'est vraiment classe et ça s'intègre évidemment bien dans l'histoire. Je n'en dis pas plus.

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C'est dingue le nombre de faux profils Facebook créés pour l'occasion.

Dernier point que je veux absolument aborder : le rythme. Oui, c'est curieux de parler de rythme pour Alt-Minds. Une fois de plus, ça ne concerne que les joueurs actifs. Lors de cette première semaine, nous avons eu des journées chargées, comme mercredi, avec deux énigmes. Mais en commençant la journée, comme dans la vraie vie, on ne sait pas ce qui nous attend. L'histoire va-t-elle faire un bond ou stagner. Les deux sont possibles. L'arrivée des messages commence au milieu de la matinée, mais il n'y a pas de timing précis. Ce n'est pas 10 heures : première vidéo, 11 heures : soluce de la veille, 12 heures : indice, 13 heures : réflexions d'Audrey, 14 heures : énigme, 15 heures : vidéo interrogatoire, 16 heures : goûter, 17 heures : message SMS etc. Pas du tout. Ca tombe comme ça veut. Comme dans la vraie vie. Et le rapport au temps est assez prenant. Alt-Minds sait parfaitement nous tenir en haleine, comme dans une série. Contrairement à In Memoriam, lorsqu'une énigme est finie, vous ne pouvez pas vous dire, je passe à la suivante et je ne dors pas jusqu'à l'arrestation du Phoenix. Non. Une journée se termine, vous avez tout résolu et… vous allez vous coucher, non sans avoir écrit à votre femme qu'elle était géniale et dit à Eric Viennot de se pousser parce qu'il prenait toute la place. Ah non, c'est l'inverse.

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