Test - Art of Murder : FBI Confidential
Le fond sans la forme...
Lisez-vous un test sur Eurogamer comme je lis les magazines ? Que ce soit sur le National Geographic, dans le Canard Enchainé ou Charlie Hebdo, je commence toujours par les images ou les dessins. Si vous faites pareil sur Eurogamer, vous vous demandez sans doute à propos d'Art of Murder : "Mais, c'est quoi c't'horreur ?". Et encore, vous ne vous êtes pas tapé un jeu prévu pour les écrans 4/3 en 16/9, transformant n'importe quelle Carla Bruni en Roselyne Bachelot. La capture d'écran a miraculeusement redressé tout cela.
Mais figurez-vous que tout ceci n'a guère d'importance. Bien sur, nous, les amateurs d'enquêtes policières, nous aimerions que l'on nous propose un machin utilisant le Cry Engine mais l'essentiel n'est pas là. Les amateurs d'enquêtes policières, vous leur collez deux pixels de couleurs différentes, ils sont contents, pourvu que l'enquête soit intéressante. Et pour tout vous dire, depuis que je joue, je n'ai jamais vraiment trouvé de mauvaise enquête policière et ce, depuis le CPC 6128 (l'affaire Sidney, Meurtres en Série, Meurtres à Venise…), l'Amiga (Maupiti Island, Mortevielle…).
Ce qu'il faut avant tout, c'est une histoire solide, avec un meurtre particulièrement horrible, et d'autres qui suivent au fur et à mesure de l'aventure. Pour cette raison, je ne peux m'empêcher d'insérer mon disque habituel. Parmi tous les jeux cités précédemment, qu'est-ce qui empêcherait de faire des remakes. J'imagine que la série des "Meurtres" (Venise, Espace, En série) serait difficilement réalisable. Dans chaque boite, on trouvait une quarantaine d'indices. Certains n'étaient que des bouts de papiers. On trouvait cependant quelques objets. Dans Meurtre en Série, on trouvait un bas, une tablette d'argile (avec un message à l'intérieur quand on la brisait !), plein de trucs qui feraient gonfler énormément le prix. C'étaient de pures histoires avec des psychologies complexes pour chaque personnage. Et c'étaient de vraies enquêtes.
Le problème d'Art of Murder, c'est qu'il possède une forme d'enquête mais dans le fond, c'est un jeu d'aventure. Passionnant mais linéaire. Impossible à ne pas comprendre. Ce qui reste très séduisant dans une réelle enquête, c'est que si vous n'avez pas compris un détail, même si vous terminez le jeu, vous êtes insatisfait. On parle souvent de replay value ou de facteur de rejouabilité. Moi, je n'en connais pas de plus beau : celui de recommencer un titre non pas pour voir le mot «The end» mais pour en comprendre chaque rouage et quel rôle joue chaque personnage.
Dans Art of Murder, c'est un peu le problème. Vous êtes Nicole Bonnet, du FBI, à la recherche d'un criminel, un serial killer. Les flics n'ont rien à cacher, les clochards sont alcooliques, les bandits sont des caricatures d'eux-mêmes. En bref, ce n'est pas un Agatha Christie où tout le monde a un mobile ; l'assassin frappe non pas parmi les gens que fréquente l'héroïne mais dans tout New York. L'avantage, c'est qu'il semble que les victimes sont plus ou moins liées à l'importation d'objets de collection de civilisations disparues d'Amérique du sud. Cela permet d'y voir plus clair.
Les meurtres sont particulièrement ignobles. L'assassin extrait le coeur de ses victimes alors qu'elles vivent encore. Nicole comprend très vite l'aspect rituel de la chose, surtout quand elle découvre la forme du couteau qui fait office d’arme du crime. C'est vers le musée que s'orienteront ses recherches. Elle verra bien vite que les victimes étaient toutes reliées de près ou de loin au musée ou son directeur. Son enquête l'obligera à vivre le quotidien d'un inspecteur new-yorkais, un peu trop même parfois mais l'emmènera également dans la South America. C'est trop la classe américaine pour une inspectrice new-yorkaise.
Hollywoodienne serait-on tenté de dire tant les références au cinéma sont nombreuses : "Vous êtes une inspectrice digne de Jodie Foster", "Si ces statues pouvaient parler, je me demande ce qu'elles penseraient du film de Mel Gibson", la présence d'origamis abandonnés évoque aussi Blade Runner , oui, vous allez me répondre Prison Break... Pour moi, l'origami qui traine par terre, c'est le film de Ridley Scott. Bien que l'aventure ne soit pas trop compliquée, l'histoire est passionnante à découvrir même si le joueur sera inévitablement confronté à quelques problèmes. Pas de ceux qui compliquent le jeu, non, des problèmes techniques.
Tout d'abord, j'ai l'impression que la moitié des descriptifs des objets ont disparu. Le jeu répond bien entendu au grand classique : bouton gauche action, bouton droit descriptif. Sauf que là, l'icône de l'oeil semble être actif et quand vous cliquez, Nicole reste muette. Ou elle n'a plus qu'une phrase pour n'importe quel objet. Je n'ai même pas eu besoin de la noter tant je l'entends encore pour la centième fois dire : "Ce vieux machin est si fragile"… Pour des gants, le luminol, une batterie de portable. Dans le même ordre d'idée, certaines phrases ne semblent pas toujours à leur place. Ce sont des phrases secondaires, jamais rien de vital mais c'est tout de suite moins immersif. Les voix ne sont pas une grande réussite non plus. Celle de Nicole passe encore assez bien. Certaines autres sont tout simplement catastrophiques. Attention, j'ai testé ce titre sous Vista et cet OS n'est pas dans la configuration requise. Ceci dit, on n'a jamais vu des problèmes d'incompatibilité Vista de ce genre là.
Le plus ennuyeux, ce n'est pas encore ça. La boite indique environ 100 missions. Je n'ai pas compris sur le coup. Enfin si. Ces 100 missions sont des actions significatives qui vous feront progresser. Alors il faut savoir que parmi ces actions, il faut remettre du papier dans l'imprimante, remplir de la paperasse. On nous épargne le célèbre "aller chercher un café pour le boss" mais ce n'est pas loin. Bref, certaines actions sont assez inintéressantes et on se demande si elles ne sont pas là uniquement pour pouvoir mettre cette accroche sur la boite.
Art of Murder reste pourtant un bon titre. Je ne m'étais pas autant amusé à poursuivre un serial killer depuis les derniers titres Police Quest, le côté ultra réaliste de la vie de flic en moins, mais avec des cas aussi intéressants. Indispensable pour les fans de jeux d'aventure qui aiment les ambiances de flics sans humour, pour les autres c’est trop aride.
6 / 10
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