Bard's Tale TEST

Jouer sur tablettes sans rougir.

On l'a déjà dit plusieurs fois, les jeux sur tablette ont une sale tendance à se décomposer en des catégories bien distinctes qui nous rappellent en permanence que nous en sommes aux balbutiements des jeux sur ces supports. On a les jeux débiles, pour le train ou le bus ; ensuite, on a des jeux plus ambitieux, plus beaux, dont on a un peu de mal à croire qu'ils fonctionnent sur de simples tablettes. Le problème, c'est qu'on est souvent dans la démo techno et en termes de gameplay, c'est toujours un peu light.


Bard's Tale est enfin le premier jeu qui répond aux critères fondamentaux pour un joueur exigeant. Après des heures de jeu où l'on va de surprise en surprise, on aurait tendance à dire : "c'est sur tablette… Et alors ?". Après ce titre, on peut enfin passer d'un PC à une console à une tablette Android sans prendre l'air gêné de celui qui fait une pause entre une session d'Assassin's Creed et une autre de Dishonored, parce qu'il veut faire un petit break plus léger.

En cette période où il faut gérer du mieux possible son temps de jeu (deux heures de Borderlands 2, une heure de multi sur Halo 4 en attendant Black Ops 2 et quelques énigmes de Layton avant de se coucher), la tablette avait tendance à devenir l'accessoire qui servait à tout sauf à jouer. Si tous les jeux étaient comme cette version de Bard's Tale, je vous assure que même votre temps de jeu sur les supports traditionnels en prendrait un coup.

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Bard's Tale existe également sur Steam. Mais cette version est tellement excellente sur Android qu'on ne pouvait pas ne pas la mettre en avant. Le premier truc qui met une claque apparait dès le téléchargement : plus de quatre gigas. Oui, c'est 100 à 1.000 fois plus gros que ce qu'on télécharge habituellement. Il y a des voix, de la vidéo et ça passe vraiment super bien sur un écran géant.

On a testé le jeu dans les meilleures conditions possibles, sur tablette Transformer Prime, équipée d'une puce Tegra 3 donc ; le rendu est plus impressionnant. Les effets de sorts, des coups dans les combats sont vraiment magnifiques. C'est suffisamment rare pour être signaler, donc, si vous voulez vraiment profiter de ce chipset si particulier c'est un must-have.

Même si vous n'avez pas cette puce, vous pouvez faire tourner le jeu à partir du moment où vous avez un système Android 2.3 ou supérieur (à partir de Gingerbread donc).

Et là, vous découvrirez un truc à mourir de rire, Tegra ou pas. Tout le temps. Il ne s'agit pas d'une ou deux blagues qui essaiment les quelque 20 ou 30 heures de jeu, mais d'un véritable humour, pas loin des Monty Python. Et à la rédaction, on n'a pas l'habitude de balancer cette référence à la légère : on leur voue un véritable culte. On peut d'ailleurs légitimement penser que cette référence est parfaitement assumée. Explications…

Dans Bard's Tale, comme c'est original, vous incarnez un barde. Vous êtes déçu de ne pas jouer un palouf, un wawa, un fufu ? Oui, ça change. Rassurez-vous, vous retrouverez les fondamentaux, rien ne l'empêchera de devenir un grand héros chargé de magie, dopé aux incantations. Qui dit barde, dit narration. Et c'est là la première particularité. En voix off, on a en permanence un type qui conte, en temps réel, les aventures de votre personnage. Et celui-ci ne manque pas d'y aller de ses commentaires personnels. Un exemple, rien qu'un, parce que je ne veux pas spoiler tout ce qui fait le piment de ce jeu extraordinaire. La première fois que vous trouvez du matos sur un ennemi - un loup -, la voix off y va de son commentaire :

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"Et voilà que notre héros trouve dans les entrailles de la bête une nouvelle arme, une petite bourse et d'autres obj… Eh ! Attendez ! Je peux pas cautionner ça, c'est quoi ces conneries ? Comment on trouve ce bazar dans les entrailles d'une bête ?"

Réponse du héros : "Non c'est pas complètement irréalisable et c'est une bonne façon de faire rentrer de l'argent régulièrement. Et je vous rappelle que dans l'estomac d'un petit rat, j'ai trouvé un coffre."

Les dialogues entre le héros et le narrateur sont vraiment tordants et il faut dire que les voix très british sont particulièrement réussies. Lors de ce passage (mais je peux vous assurer que cet humour est permanent, ce n'est pas un coup de chance), il est difficile de ne pas penser à Sacré Graal lorsque le barde qui accompagne Galaad met en avant sa couardise dans sa chanson. C'est complètement décalé, super savoureux.

Le décalage humoristique apparait dès les premiers instants. Tous les PNJ du jeu considèrent le personnage incarné par le joueur comme un grand héros désintéressé. La réalisation du jeu permet de comprendre que ces intentions sont moins nobles. Là encore, on le pige dès la première scène. Quand la bombasse de la taverne vous demande de la débarrasser du gros rat de la cave ; la cinématique in game vous permet de voir en vue subjective. Et on pige que le "héros", si noble, si pur, louche de façon très insistante sur la poitrine généreuse de la fille. Au final, le héros et la serveuse ne s'étaient pas mis d'accord sur la même créature. Le premier pensait à un petit rat, la seconde à une créature de plusieurs tonnes crachant du feu. Une carbonisation et une bonne tranche de rigolade plus tard de la part de tous les clients de la taverne lorsque vous remontez en flammes de la cave, on peut imaginer que vous avez fait votre affaire au rat et à la serveuse.

Se débarrasser du rat n'est possible que par la rencontre avec une créature super étrange, à mi-chemin de l'elfe noir et un petit gris extra-terrestre. Celle-ci vous apprend votre premier sort, en plus des rudiments du combat.

Les sorts passent en grande partie par l'invocation de créature. Cela peut être une araignée électrique, très efficace, ou tout simplement un humain qui vous servira de sidekick lors des combats. Plus on avance dans le jeu, plus on peut invoquer des partenaires balèzes. On peut également les booster en progressant soi-même. Tous les sorts passent par un petit morceau de musique joué par le barde, avec son luth. Dans une moindre mesure, cela fait penser à Loom, le sublime jeu de Lucas.

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Mais que vaut ce gameplay ? Sujet un peu épineux. Personnellement, je ne me suis pas ennuyé. Mais il faut remettre les choses dans leur contexte : le contexte des jeux d'il y a trente ans. Il y avait déjà des jeux complexes à finir à l'époque ; certains étaient même impossibles à achever. D'autres suivaient un rythme de sénateur ; tranquille, quoi. Bref, le dosage de la difficulté n'était pas toujours optimal. Une chose est sure : aucun jeu ne sollicitait l'utilisation de la souris et de 40 boutons du clavier (NdRC : À part Flight Simulator !). Et les joysticks étaient vraiment très ordinaires : 8 directions, un ou deux boutons, une option autofire dans le meilleur des cas.

Bard's Tale se joue comme un hack'n'slash de l'époque. Et là, ça coince un peu. La direction est analogique, on ne se déplace pas seulement dans huit directions, heureusement, mais le gameplay consiste à attaquer, parer et c'est à peu près tout. Bien sûr, on pourra adopter des techniques de kitting pour morceler les packs de monstres, les contourner, en jouant avec l'agro de la créature invoquée auparavant, mais ça reste un peu limité quand même par rapport à un Diablo et ses cinq sorts actifs, ses sorts passifs, la possibilité d'absorber des potions durant les combats. Cela devrait franchement vous faire bizarre si vous n'avez pas connu les jeux de l'époque.

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