Beowulf

License bâclée

J’ai étudié la littérature à l’université, savez-vous. Structuralisme, mort de l’auteur, post modernisme, tout ça. Mais j’étais plutôt cancre dans mon genre, aussi ai-je fait l’impasse sur la poésie anglo-saxonne. Je n’ai donc pas grand-chose d’intéressant à dire sur la légende de Beowulf, vu qu’en plus, j’ai négligé de le lire pour ma culture personnelle. Et pourquoi donc ? Pas ma tasse de thé, tout simplement, un rien ennuyeux, il me semble y avoir mieux dans le genre… et en plus, je comptais sur le film pour me cultiver.

Je n’aurais peut-être pas dû : visiblement, ce dernier prend pas mal de libertés vis-à-vis de la source originelle afin de répondre aux attentes prémâchées des focus groups hollywoodiens ; il fallait donc plus de rebondissements et de romance. En plus, pour les producteurs c’est du bonheur, il n’y a pas d’auteur pour venir râler et réclamer un gros chèque.

Evidemment, le fait que le film en images de synthèse ressemble bigrement à une cinématique de jeu vidéo classieuse plaide en faveur de l’opportunité d’une adaptation de l’adaptation sous forme de… jeu vidéo. Par delà le poème épique et la version cinoche, le jeu reprend l’intrigue générale, ajoutant quelques aventures annexes qui viennent distraire Beowulf de son combat face à Grendel, puis sa mère, puis enfin une bataille finale contre un dragon.

Hélas, le jeu ne parvient pas à assurer un spectacle à la hauteur du film. Du décor, on ne retiendra que l’aspect glauque et boueux censé figurer l’Europe du Nord ; quant à Anthony Hopkins, son intervention se limite à quelques pauvres voix off et autres scènes de transition. Et ne parlons pas trop des tentatives ratées de scènes intéressantes au château : cela se cantonne à quelques salles à visiter, et à quelques discussions sans saveur avec divers sous-fifres.

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Il suffit d’appuyer sur un bouton pour changer d’arme. Hélas, elles cassent toutes au bout d’un moment.

Voilà qui en dit long sur l’approche confuse choisie pour adapter Beowulf. Un effort a certes été consenti pour faire en sorte que ce titre se hisse au dessus de l’adaptation de film lambda. Et le potentiel est là, mais il est gâché par une structure qui n’a jamais le courage de rompre avec l’aspect linéaire, ou de rendre justice aux jeux dont il prétend s’inspirer. Il ne faut pas longtemps pour s’en rendre compte : au bout de dix petites minutes, on est plongé dans une bataille face à des serpents de mer ; la scène n’est pas sans rappeler le premier niveau de God of War. Et là, surprise : un event QuickTime pointe le bout de son vilain museau, et c’est parti pour une séquence souvenir à deux centimes d’euro.

Des séquences de ce calibre, il y en a à tout bout de champ. Elles ont le (seul) bon goût d’être assez courtes ; parce qu’en dehors du fait d’être ennuyeuses, elles obligent à massacrer la manette. Se colleter avec un ennemi a un sale relent de 100 mètres façon Track and Field, et dans un niveau donné (que l’on revisite plusieurs fois au cours du jeu), il faut repousser des avances démoniaques au point d’en avoir mal aux doigts… Etait-ce vraiment indispensable ?

Abordons maintenant le rôle incongru des soldats qui vous accompagnent. Outre le fait de combattre à vos côtés, ils ont pour mission d’ouvrir et fermer des portes ou autres menus services, qu’ils rendent de bon coeur. Il faut alors leur prodiguer des encouragements via un minijeu basé sur le rythme, en appuyant sur les boutons en musique. En plus d’être carrément déplacé au milieu de cette ambiance baston, la séquence revient comme la soupe à l’ail, sans jamais vraiment changer. Quand on a ouvert une porte, on les a toutes ouvertes…

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C’était pas le jour pour oublier son pébroque…

Et quand ils n’ouvrent pas une porte, les soldats sont aussi inutiles que ceux que l’on voit dans Ninety-Nine Nights. Elle a certes fière allure, cette petite armée, mais les gars seraient aussi bien chez eux, vu qu’en cas de combat, on fait tout tout seul, ou presque. Il n’y a aucun moyen de leur donner des ordres, et en plus, ils ont le chic pour aller chercher les ennuis. Vu qu’ils ne sont pas très futés, ils se mettent souvent en fâcheuse posture, et là, tout ce qu’ils trouvent à faire, c’est implorer votre aide. Et on ne peut même pas les laisser crever : s’ils meurent tous, la partie est perdue.

Autre signe qui démontre que le jeu boxe au dessus de sa catégorie, le prétendu système de morale. Histoire de pousser à y rejouer, Beowulf est doté d’un dispositif de gain de réputation, qui tend à faire du héros un vrai roi de légende ou une brute sanguinaire en fonction des actions entreprises. Mais tout ceci se résume hélas au type d’attaque que l’on utilise en combat. Cela tient à la barre de santé : celle-ci se recharge constamment hors combat, mais au lieu de correspondre au bien-être du héros, elle figure la compétence martiale. Si on assure en attaque et en esquive, la barre se remplit au maximum, ce qui permet de booster les performances de vos soldats et d’engranger des points héroïques avec lesquels ont peut acheter des upgrades.

C’est un système un peu plus subtil que la méthode classique consistant à appuyer sur une gâchette pour activer un mode berserker, avec invincibilité temporaire et effets visuels sanguinolents. Plus simple, cette dernière option a le désavantage de vider votre barre de santé ; il s’ensuit quelques secondes de vulnérabilité. On choisit donc son camp, excellence martiale ou brute épaisse, et la balance penche d’un côté ou de l’autre. Cela conduit à deux fins distinctes. Hélas, cela ne change pas grand-chose à la progression dans le jeu, et le fait que ce soi disant choix moral se limite au style de combat n’a pas grand intérêt. Cela ne fait que restreindre le plaisir que l’on prend à jouer, en obligeant le joueur à ne recourir qu’à un seul type d’attaque. Pas fun du tout.

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D’une manière générale, Beowulf n’est pas un jeu très difficile, et les Achievement Points s’accumulent sans sauvegarder. Ce qui pollue l’ambiance et tourne l’exercice à l’épreuve d’endurance, ce sont certains ennemis particulièrement résistants, surtout en mode difficile. Les trolls bûcherons, notamment, que l’on rencontre fréquemment, mettent des plombes à mourir. Malgré un système de combo limité, mais graphiquement brutal, qui met à mal les ennemis ordinaires, on en vient à soupirer quand on en voit un pointer son vilain museau. Et le tout culmine avec l’un des combats de boss les plus ennuyeux de l’année : il s’agit donc de combattre un dragon qui exécute en boucle une attaque facile à esquiver, et de le taper jusqu’à épuisement de sa barre de vie, ce qui prend une demi heure montre en main… atroce.

Beowulf pâtit également d’une série de problèmes techniques pénibles : perte de niveau gamma, son approximatif, niveaux qui ne chargent pas… Rien de tout ça n’est rédhibitoire, mais démontre que le titre n’a pas été suffisamment peaufiné pour sortir à temps vis-à-vis de son équivalent cinéma. Le jeu n’est pas entièrement raté pour autant, et certains combats sont assez satisfaisants. Mais au final, il n’y a rien de plus qu’un hack’n’slash daté, buggé et qui n’atteint pas ses objectifs prétentieux. Le marché de manque pas de titres plus réussis dans le genre. Dans tous les registres.

5 / 10

Galerie d'images Beowulf.

Comment nous attribuons nos notes Beowulf James Lyon License bâclée 2007-12-07T12:00:00+01:00 5 10

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