Blacksite : Area 51

Black is beautiful ?

Cette fin d’année est une nouvelle fois une période faste pour le First Person Shooter (FPS), avec les sorties en quelques semaines des blockbusters : Halo 3, Call of Duty 4, Medal of Honor Airborne, sans oublier BioShock, Crysis ou encore Metroid Prime 3…

Du coup les outsiders du genre ont la vie dure. Difficile de se faire une place dans les linéaires et encore plus dans les ludothèques générées par nos menus émoluments face à une telle déferlante ! Blacksite a pourtant de quoi attirer l’attention, surtout face au poids lourd Call of Duty 4 et à son contexte moderne… Si ce dernier emporte l’adhésion d’un point de vue purement ludique, il en va autrement de son scénario faisant la part belle à «l’axe du mal» devenu depuis quelques années la bête noire d’un certain président des Etats-Unis…

Bush bée !

Blacksite est d’un point de vue scénaristique une vraie alternative critique aux jeux de guerre modernes actuels. Pourtant tout débute de manière très classique… Votre avatar (Aeran Pierce) et deux de ses hommes se trouvent à l’arrière d’un camion civil, chahutés par des routes en triste état, celles d’Irak. Une pluie de balles les oblige à sortir de leur planque en bousculant les chèvres qui les accompagnaient bon gré mal gré…

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Contrairement à Call of Duty 4, la guerre d’Irak vue par Harvey Smith est synonyme de soldats cyniques et désabusés.

Des soldats américains sur le territoire irakien, on était en droit de s’attendre au pire… C’était sans compter sur un certain Harvey Smith, directeur créatif des studios Midway à Austin, connu pour avoir collaboré au développement de la série Deus Ex avec le génial Warren Spector, après avoir débuté chez Origin (sur des titres tels que le space opera Wing Commander et le mythique System Shock). Pas vraiment d’accord avec la politique étrangère actuellement menée par son pays, il le fait savoir au cours d’interviews explosives et par le biais de son dernier projet : Blackiste.

Très rapidement vos hommes manifestent sur le terrain leurs doutes et leur cynisme grandissant quant à leur présence sur le sol irakien. D’armes de destruction massive il n’y a point, d’espoir de sortir vivants de ce merdier encore moins. Cette approche «critique» du jeu, les personnalités travaillées des différents hommes et femmes qui vous accompagnent au cours de votre mission, les dialogues réalistes qui leur font écho (…), tous ces éléments constituent la grande force du jeu.

Le moral dans les Rangers

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Blacksite revisite le concept du complot gouvernemental à la X-File, et c’est là que les choses se gâtent...

L’équipe de développement a sans doute rapidement pris conscience de cette force, puisque l’une des originalités de leur FPS, d’un point de vue gameplay, est liée à la gestion dynamique du moral de vos hommes. Si vous êtes un chef d’escouade efficace, les soldats qui vous accompagnent sont plus dynamiques et précis. Ils prennent des initiatives et s’affirment en tant que véritables bêtes de guerre. Dans le cas contraire, si vous êtes hésitant, maladroit ou si vous envoyez systématiquement votre section au casse-pipe, le moral chute. Et là… C’est la cata : sur le terrain il faut limite leur tirer dans les fesses pour qu’ils acceptent de quitter leurs planques et arrêtent de râler ! Ils sont aussi nettement moins précis et la mission en cours a alors toutes les chances de se transformer en «bad trip Carpenterien»... D’autant plus que que le contexte du jeu bascule très vite dans la SF avec l’apparition d’extraterrestres et autres militaires modifiés par un gouvernement définitivement très méchant. Et c’est là que le bât blesse.

Un pillage en règle

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Une dose de pilotage à la Halo, de tactique à la GRAW 2 et des bestioles inspirée de Gears of War ou de Half-Life, Blacksite a un air de déjà vu.

Sans doute inconsciemment marqués par les puits de pétrole irakiens modélisés dans Blacksite, les développeurs ont été puiser toutes leurs idées… chez les autres ! Le scénario mêlant complot et SF est celui de Half-Life, les véhicules sont ceux d’Halo (beaucoup moins variés, ils se contrôlent de façon identique), la gestion d’équipe celle de Ghost Reacon Advanced Warfighter 2 (en plus simple, version un bouton pour toutes les actions), et les monstres sont un cocktail de créatures volées à Gears of War et Half-Life ! Franchement, ils auraient pu faire un petit effort. Même si leur goût en matière de jeux d’action est admirable…

Après quelques heures de jeu (il vous en faudra une toute petite dizaine pour terminer l’aventure), on ressent très vite comme une sensation de… Comment là définir ? Laissez-moi une petite seconde… Comme une sensation de «déjà joué». Certes, le Unreal Engine 3 et la qualité des artistes Midway ne sont pas en cause. Le jeu est visuellement splendide et propose des ambiances très fortes et contrastées. Du désert irakien et ses vols de vautours, on passe aux jardins et toboggans d’une petite ville américaine infestée de monstres… Le travail effectué sur les jeux de lumière est remarquable. Le fait que les balles rongent vos planques (caisses, murets, barrières, colonnes, …) pour finalement vous laisser à découvert sous le feu ennemi si vous ne bougez pas très vite, est un vrai plus. On peut parler de mini-D, en faisant un clin d’oeil à la Massive-D de Stranglehold (développé par les studios Midway de Chicago). Non, c’est du bon boulot. Mais face à la concurrence, que propose réellement Blacksite ? Quoi de neuf medic ?

Des défauts rédhibitoires

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Encore une histoire de ramage et de plumage… Blacksite est vraiment un très beau jeu, mais…

Fin 2007 il est difficile d’imaginer un FPS sans mode «COOP». C’est pourtant le cas de Blacksite, l’option (qui n’en est plus une aujourd’hui) ayant été longtemps envisagée avant d’être abandonnée (visiblement faute de temps). Face à son manque d’originalité la replay value du jeu est très limitée, alors que ce dernier ne propose que très peu de raisons objectives de réitérer l’expérience…

Comme on vient de le voir, on ne peut pas refaire l’aventure avec un pote ; les armes sont classiques et peu nombreuses ; l’intelligence artificielle des ennemis sans surprise (contrairement à celle d’Halo 3) ; les dossiers secrets à collecter sans intérêt (une poignée d’infos textes débloquées dans le menu et un système de collecte reprenant celui des dogtags de Gears of War) ; le boss final décevant… Seule l’ambiance du jeu mérite d’être ressentie à nouveau, sans omettre une excellente scène de ride en hélicoptère et le challenge de maintenir le moral de ses hommes au top en difficulté max…

Pour ce qui est mode multijoueurs, difficile de jouer dans la même cours qu’un Halo 3 ou qu’un Call of Duty 4 (qui adjoint au multi une touche RPG !). Et même si le jeu s’avère efficace, avec qui jouer ? Les deux titres précités ayant déjà convertis la plupart des joueurs sur XBOX Live…

L’enfer est pavé de bonnes intentions...

En gros on pourrait dire que Blacksite est un FPS pétri de bonnes intentions, mais qui ne parvient pas à associer à l’originalité de son ton, des systèmes de jeu à la hauteur. L’emballage est magnifique, l’intention louable, mais le gameplay laisse sur sa faim. Un peu comme… Vous savez ces énormes cadeaux que l’on ouvre pour n’y découvrir qu’un tout petit objet, genre un T-Shirt provoc taille S plié en quatre ! Et ben c’est ça Blacksite : un T-Shirt provoc à la place de la TV HD attendue. Ceci dit, si vous détestez le contexte politique d’un Call of Duty 4, si vous ne comprenez rien à la série Halo 3, si vous ne pouvez plus voir la Seconde Guerre mondiale en FPS, et si vous n’avez pas de Wii, ni de PC non plus… Alors Blacksite mérite toute votre attention.

6 / 10

Galerie d’images Blacksite : Area 51

Comment nous attribuons nos notes Blacksite : Area 51 Thierry Falcoz Black is beautiful ? 2007-11-30T12:05:00+01:00 6 10

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