Call of Duty 4 : Modern Warfare

La guerre moderne made in Infinity Ward

Il paraît que le changement, ça a du bon. Dans le cas d’Infinity Ward, un changement d’ambiance n’a pas dû faire de mal, car l’équipe a travaillé plus longtemps qu’il n’est raisonnable sur des FPS Deuxième Guerre mondiale.

Le fruit de ce nouveau cap, c’est tout simplement le jeu le plus captivant, le plus varié et le plus ambitieux que le studio ait jamais livré. Modern Warfare est le produit d’un développeur chevronné, qui sait dans quel créneau il excelle, mais qui hésite encore à se lancer à fond dans la nouveauté. Le point commun avec les épisodes précédents, c’est un accent mis sur les mises en scène pour créer un maximum d’intensité dramatique ; mais on retrouve aussi un art consommé dans la montée en pression qui n’est pas sans rappeler des titres comme Ghost Recon ou même ce vieux classique un peu oublié qu’est Hidden & Dangerous. Le résultat, c’est le titre le plus abouti de la série à ce jour, qui mêle savamment plusieurs types de gameplay tout en restant très cohérent.

Checkpoint Duty

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Baisse-toi, crétin. Baisse-toi !

Ne dérogeant pas à la norme des jeux de guerre contemporains, Call of Duty 4 reprend l’argument occidental classique de la lutte contre les menaces tous azimuts pour buter à tout va. Un Russe «ultranationaliste» fomente un plan diabolique pour détruire la LIBERTE ? On s’en occupe. Il veut accéder à un arsenal nucléaire ? On est sur le coup. Avec pour base arrière un coin sans foi ni loi du Moyen Orient ? On y va. Y’a une armée nationaliste sans visage qui se met à son service sans raison logique ? Tant pis pour eux. Et des dizaines d’armes atomiques qui font route vers la Côte Est américaine ? A nous de jouer pour empêcher l’apocalypse. La routine, quoi.

Mais une routine qui s’inscrit dans une narration mieux ficelée que dans maints jeux similaires, où l’on voit intervenir des personnages américains et britanniques qui savent nous prendre au jeu.

Comme on s’en doute, pour enrayer l’Axe du Mal dans son œuvre de destruction massive, il faut: a) les meilleurs soldats qui soient et b) la puissance de feu d’un croiseur et des flingues de concours. Ainsi donc, côté Britanniques, on a droit au 22e régiment de SAS, gueulard à souhait, et côté Oncle Sam, à ce qui se fait de mieux dans la Recon de l’US Marine Corps, à savoir des petits gars pas avares de «hourra». Tout ceci n’a pas grande importance une fois qu’on est embarqué dans les subtiles nuances de chaque mission, mais cela permet de donner vie aux phases avant mission, c’est prenant, et même très frais aux moments les plus inattendus. Et pour une fois, les Anglais n’ont pas un accent à couper au couteau, même s’ils ont de la ressource côté vocabulaire fleuri.

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L’environnement ne peut toujours pas être détruit, mais le niveau de détail et la modélisation des personnages compensent largement cette lacune.

La principale critique qu’on pouvait faire aux opus précédents, c’était qu’ils démarraient sur les chapeaux de roues, pour ensuite demeurer intenses, certes, mais un rien monotones. Dans Call of Duty 2 par exemple, la première campagne, Russe à Stalingrad, reste la plus intense du jeu. Côté mise en bouche, Modern Warfare fait aussi bien que ses aînés avec un premier acte se déroulant sur un bateau, mais il sait rester tout aussi réussi du début à la fin. Ne s’enfermant jamais dans la routine, le scénario propose une grande diversité de situations : survols spectaculaires, poursuites haletantes, phases de snipe tendues ou encore batailles rangées contre la montre. Infinity Ward est depuis longtemps admiré pour sa mise en scène de l’action pure et dure, mais avec Modern Warfare, le studio va encore plus loin. Le rythme haletant n’est presque jamais ralenti au nom de la variété, en bref, c’est du bonheur tout du long.

Un script en béton, des PNJ moins benêts

Evidemment, il y a bien quelques grosses ficelles de conception qui sautent aux yeux ; le fait, par exemple, que votre escouade est carrément indestructible pour que le schmillblick puisse avancer. Vous remarquerez tout aussi vite que votre rôle principal consiste à dézinguer certains ennemis «mal garés» pour que l’action savamment millimétrée progresse. Vos gars sont très forts, d’accord, mais c’est à vous d’abattre certaines cibles clés. Ne comptez pas sur eux pour faire le boulot à votre place !

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C’est une tenue imperméable, on espère…

Côté combat, justement, la mécanique générale demeure globalement la même, mais on remarque certaines améliorations notables apportées à l’IA. Vos gugusses, notamment, se mettent à couvert de façon nettement plus efficace ; ils réagissent en outre de façon intelligente dans certaines situations particulièrement périlleuses. Ils ne restent pas plantés comme des crétins quand une grenade arrive à leurs pieds : soit ils se mettent à l’abri, soit, mieux encore, ils la renvoient en direction d’un ennemi médusé. D’autres petits détails améliorent le spectacle, comme la façon fluide dont ils se déplacent si vous réclamez une couverture. Rien de crucial, donc, mais des bricoles très appréciables qui renforcent l’ensemble.

D’un point de vue technique, les choses ont elles aussi progressé, avec des niveaux très réussis visuellement (mention spéciale à l’ambiance glauque à souhait de Tchernobyl) et très variés, ce qui contribue grandement à apprécier le jeu phase après phase. Comme on pouvait s’y attendre, Modern Warfare regorge littéralement d’effets d’éclairage dynamiques, d’ombrages réalistes, etc., etc. Je vous passe la liste pénible des détails techniques, car ce qui compte, c’est le rendu, et il est absolument magnifique. Bon, tout n’est pas parfait quand on y regarde de plus près, comme la végétation, et il faut bien admettre que l’absence de dégâts visibles sur l’environnement fait un peu vieille école ; mais en termes d’atmosphère, rien à dire, c’est du grand art. Comme toujours, les effets de particules sont ébouriffants ; fumée et explosions sont d’une qualité rarement vue à ce jour dans un jeu. Si l’on y ajoute les éclairages superbes, un fourmillement de détails et des personnages convaincants et fluides, on peut dire qu’Infinity Ward a encore rehaussé la qualité des points forts techniques sur lesquels le studio a bâti sa renommée.

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