Call of Duty : Modern Warfare 2

Infinity Ward s’est-il surpassé ?

Par deux fois, Infinity Ward vous demande si vous êtes absolument certain de voir ce qui va suivre. Cette scène, la quatrième du jeu le plus attendu de l’année, peut être « perturbante » ou « choquante », comme le répète l’avertissement. Vous souriez en répondant que oui, vous voulez la voir. C’est un jeu vidéo. Il a été classifié 18+ uniquement pour rassurer les gens qui ne savent pas vraiment de quoi il s’agit. C’est vrai que les images de violence et le sang versé sur les champs de bataille de Modern Warfare peuvent heurter un observateur, mais la mort dans un FPS n’est qu’un intermède de cinq secondes destiné à proposer un vrai défi et une incitation à s’améliorer, et pas à provoquer le désarroi.

De la même manière, les gerbes pourpres qui explosent à chaque fois qu’une balle touche sa cible ne sont que des indications visuelles pour indiquer l’élimination de celle-ci, tandis que le déluge de sang qui vous obscurcit temporairement la vue quand vous êtes blessé n’est qu’une barre de santé sous une autre forme. Les montées orchestrales ronflantes et le décorum militaire ? Autant d’artifices pour habiller ce qui n’est à la base qu’un Space Invaders évolué. Vous vous abritez derrière des murs et vous flinguez des extra-terrestres. En 1978, c’étaient des grappes de pixels mouvantes venues des profondeurs de l’espace. En 2009, ce sont des Afghans. La métaphore a changé, mais les principes restent les mêmes : ne pas manquer les tirs en pleine tête pour marquer un maximum de points. Ce n’est qu’un jeu vidéo. Oui, je suis certain de vouloir voir cette scène.

Les trois premières missions de Modern Warfare 2 ne contribuent pas vraiment à vous faire changer d’avis. Le niveau d’entraînement, qui se déroule dans un camp au milieu d’un désert quelque part au Moyen-Orient, est littéralement un stand de tir. Vous foncez de piliers en poteaux, retrouvant vos vieux réflexes, décidant à la demi-seconde près de tirer ou de cesser le feu, passant de votre fusil à votre pistolet tout en courant contre la montre pour atteindre l’arrivée du parcours d’assaut. Pas satisfait de votre score ? Il suffit de recommencer et de réussir à gratter quelques secondes sur votre temps en améliorant votre vitesse et votre précision. Les particules de sable qui tournoient dans l’air, les soldats de repos qui jouent au basket dans la cour commune et les palpitations du soleil de midi sont des détails d’une fidélité jamais vue auparavant dans des jeux, mais les systèmes qu’ils habillent sont aussi vieux que le jeu vidéo.

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Une fois de plus, la mort s’accompagne de citations historiques sur la guerre, avec un bon équilibre entre célébration et condamnation.

Vous vous déplacez ensuite dans les rues Afghanes dans les bottes du soldat Joseph Allen, 1er Bataillon, 75ème régiment de Rangers. Les slogans en arabe délavés sur les murs et les caddies de supermarché renversés sous des ponts en ruine ajoutent un air de crédibilité au scénario, style reportage de « notre correspondant à l’étranger ». Malgré tout, le déluge de feu improbable, les jets qui passent en sifflant au-dessus de vos têtes, le bourdonnement sourd des hélicoptères et les ennemis vêtus de cagoules font que c’est plutôt le journal de 20h vu par le filtre de Michael Bay : la réalité avec une accentuation du contraste.

Dans le niveau suivant, vous incarnez le soldat britannique Gary Sanderson dans une mission en duo avec le discret Soap MacTavish, où vous dévalez une montagne enneigée du Kazakhstan sur une moto neige d’une rapidité peu plausible, pilotant avec votre main droite et descendant les pilotes des véhicules poursuivants de la main gauche avec votre pistolet. Après que vous avez finalement effectué un saut Hollywoodien par-dessus un ravin de glace, la série donne dans le genre de délire d’action à la James bond qu’il a toujours réussi à éviter jusque-là.

Oui, ce n’est qu’un jeu vidéo. Je suis absolument certain que je veux la voir.

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Les décors de la plupart des niveaux Spec Ops sont tirés directement de la campagne, il est donc conseillé de terminer d’abord l’histoire principale pour ne pas découvrir des choses par avance.

« Un mal pour un plus grand bien ». La voix qui précède ce qui va devenir sous peu la scène la plus mémorable du jeu vidéo indique clairement que votre mission est vitale. Vous êtes un gentil, habillé comme un méchant, et même si des choses terribles vont se produire, il n’en sortira que du bien. Un coup de sonnette indique l’ouverture des portes de l’ascenseur. Vous en sortez pour déboucher dans un hall d'aéroport et vous faire une idée entièrement neuve de ce qui vaut à un jeu un classement 18+.

Vous n’avez pas à tirer, mais vous devez bien observer. Contraint d’aller irrémédiablement de l’avant, vos seuls choix consistent à déterminer où regarder et à savoir s’il faut rester devant vos compagnons sanguinaires tandis qu’ils mitraillent des innocents, ou au contraire traîner derrière et administrer le coup de grâce aux personnes grièvement blessées. Contrairement au professionnalisme militaire austère du reste du jeu, cette équipée terroriste semble paresseuse et inefficace. Les hommes mitraillent en demi-cercle en tirant à la hanche, leur but étant simplement de semer le chaos, pas d’éliminer une menace.

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