Conan

Par Crom, ça sent le mâle et le carnage !

Je viens de délivrer une esclave presque dénudée attachée à un arbre. Sa poitrine voluptueuse rebondit gaiement dans l’air moite de la jungle, et sa tenue se limite à une culotte de la taille d’une chaussette pour enfant. Pour très jeune enfant. Pour une demoiselle capturée par des pirates lubriques qui ont certainement profité de la situation, elle ne semble pas trop désemparée. Au contraire, elle paraît assez… enjouée. «Oooh ! Où sont mes vêtements ?» roucoule-t-elle en étirant les bras vers l’arrière, ce qui met en évidence une paire de lolos superbement rendus. J’en ai des sueurs froides… à l’idée que ma femme débarque là, tout de suite.

Des Américains, on dit qu’ils ignorent l’ironie. Pourtant, ce gentil petit slash’em up bien adolescent a été classé M aux USA (réservé à un public adulte). Ce que Conan propose se résume aisément : une avalanche de sang, de tripes, de nibards, de tripes, avec un petit supplément de sang. Et de nibards. L’un des premiers combos que l’on apprend permet de couper les bras d’un adversaire ; il ne lui reste plus qu’à pisser le sang en agonisant, et ça n’est que le début des réjouissances. On décapite, on coupe en deux en suivant les pointillés, on arrache les boyaux avec les mains. Après la plus banale escarmouche, le sol est jonché de bas morceaux, avec une mare de sang comme fond de sauce. Adulte ? Pas vraiment, non. Bête et méchant, mais fun ? Oh oui.

Évidemment, cette hyper violence polissonne est au diapason de la saga éponyme écrite par le très réactionnaire Robert E. Howard. Le Conan du jeu est une masse de muscles bipède, à la fois guerrier, voleur et aventurier, assoiffé de sexe et de violence.

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Cette amazone bien roulée fait office de… partenaire à Conan, mais elle fout le camp entre les scènes de transition en raison de l’absence de mode coopératif…

Les ennemis, eux, n’ont pas le temps de raconter leur vie. Quant à l’intrigue, elle se résume à un prétexte permettant d’alterner les décors, ennemis et attaques magiques, cependant que notre héros musculeux récupère une à une les pièces de son armure enchantée sur le cadavre des boss de fin de niveau. S’il existe quelques attaques spéciales, les plus étranges pouvoirs issus de l’armure, comme une horde de corbeaux lâchés sur l’ennemi, méritent amplement l’effort nécessaire pour les obtenir.

Le système de combat, lui, s’articule sur trois axes, avec des centaines de coups à déverrouiller, répartis sur trois styles : armes à une main, à deux mains et combat à mains nues. On obtient des points d’expérience au combat, ou parfois dans un coffre au trésor ; ceux-ci peuvent être dépensés à tout moment pour acheter de nouvelles attaques. Comme dans tout jeu de ce type, on peut se concentrer sur un style ou opter pour plus de polyvalence en répartissant ses points. Les séquences sont souvent les mêmes pour les deux styles de combat à l’épée, la seule différence résidant dans l’assaut qui en résulte ; le jeu n’est donc pas le plus technique du marché à manipuler. Si l’on parvient à enchaîner cinq pressions, on est largement assez agile pour jouer Conan.

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Même l’ennemi le plus impressionnant peut être taillé en pièces, à condition d’avoir les bons combos et de savoir bloquer.

Les points d’expérience sont généreusement distribués ; on peut généralement acheter au moins cinq attaques nouvelles par niveau, ce qui pousse clairement le joueur à enchaîner le carnage. Les habitués de Ninja Gaiden ou God of War peuvent sereinement envisager la difficulté maximale, mais si l’on peut enchaîner les combos les unes après les autres, il est impossible de chaîner les attaques : un bon bourrinage couplé à un blocage intensif suffit généralement pour s’en sortir. Les bonus de vie, eux, sont fréquents ; on en trouve en détruisant des éléments de décor, en démembrant des ennemis ou en buvant des jarres de vin, que Conan engloutit avidement. Mais ces breuvages n’ont pas d’effet immédiat : ils lâchent des icônes flottantes vertes qui viennent lentement vers vous. Au milieu d’un combat de grande ampleur, c’est très pratique, pour être soigné progressivement.

Conan étant un jeu vidéo très… jeu vidéo, il fallait bien s’attendre à ce type de bizarrerie, qui accumule les clichés arcade. Les combats contre les boss sont donc longs et répétitifs à souhait ; il faut savoir entamer le boss petit à petit, en prenant soin de bloquer ses vagues d’attaques prévisibles. Parfois, on varie les plaisirs en ayant une sorte d’énigme à résoudre, du genre séquence de leviers à activer ou piliers à renverser, mais si vous craignez la migraine, ne vous en faites pas, vous ne risquez rien…

D’un point de vue graphique, le jeu est bien fait mais fonctionnel. Conan lui-même ressemble juste ce qu’il faut à Governator pour plaire aux fans, mais pas assez pour que THQ se retrouve avec son armée d’avocats sur le dos. Dans la VO, il bénéficie de la voix d’une légende du genre, Ron Perlman, qui en fait pile poil assez dans le registre ringard pour coller à l’esprit des dialogues : un subtil mélange entre les Superstars du catch et le Thor shakespearien des comics d’antan de Stan Lee.

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Les combats contre les boss sont spectaculaires, mais quand on a pigé la technique, la victoire est facile.

Pour le reste, tout n’est pas parfait, loin de là. Visuellement, les ennemis sont lourdement répétitifs et l’abondance de caisses ou d’urnes que l’on peut fracasser s’avère assez lassant. Les décors sont plus réussis, avec quelques effets d’éclairage très agréables, mais le tout est gâché par des murs invisibles qui guident impitoyablement le joueur dans un tunnel, comme dans la mouture sortie en 1995. Et quand la route diverge, pas de mystère : dans une direction, ça se finit en cul-de-sac avec des bonus à ramasser en chemin, cependant que l’autre route conduit à la prochaine baston.

Mais cette morne mécanique est bien vite tempérée par des visuels parfois très léchés, rappelant les illustrations célèbres du célébrissime barbare par Frazetta ou Vallejo : ambiance un peu floutée, contours anguleux, le tout prend une dimension épique. Il y a là de quoi plaire aux fans du personnage et des artistes précités. Quand l’alchimie se produit, le gameplay basique mais solidement conçu, tout entier au service d’un déchaînement de violence, se mue en expérience viscérale, simple certes, mais cohérente avec le matériau d’origine de la saga. Ce n’est pas finaud, mais c’est saignant à souhait, et conforme à ce qu’on peut attendre d’un jeu de baston barbare interdit aux mineurs !

Pour conclure, Conan ne vise pas assez haut pour révolutionner le genre, et manque un peu de matière pour qu’on recommande chaudement son achat immédiat à prix plein pot, mais c’est un jeu bien rythmé, qui donne satisfaction quand on aime le style gore. Le manque de réelle profondeur du système de combat le place un ton en dessous des meilleurs titres du genre, et que dire de l’absence, carrément inexcusable, de mode coopératif ou multijoueurs… Mais Conan réussit quand même à surclasser sans peine le très regrettable Heavenly Sword. Et ça grouille de nibards. C’est toujours un plus !

7 / 10

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Comment nous attribuons nos notes Conan Dan Whitehead Par Crom, ça sent le mâle et le carnage ! 2007-10-04T11:55:00+02:00 7 10

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