Crysis 3 TEST

Le Martyre de Saint Sébastien.

La série des Crysis a toujours trainé comme un boulet la réputation de n'être qu'une démo technique pour vendre aux développeurs adeptes du système middleware la garantie de faire un jeu qui en mettrait plein les mirettes. Avant chaque sortie d'un Crysis, la suspicion est de mise. Pourquoi ? Parce que c'est incroyablement beau. Toujours. Et c'est tellement beau que ça en devient suspect. Images retouchées ? Jeu tellement gourmand que ça ne tourne que sur une poignée de machines ? Titre très beau dans sa forme, mais creux dans son fond ? Voyons ce qu'il en est en réalité.


Pour me mettre dans les conditions idéales du test de Crysis 3, j'ai rejoué aux deux précédents opus. Le premier ? Enfin terminé ! Je m'étais arrêté au passage dans le vaisseau spatial qui m'avait particulièrement agacé. Donc, dans ce premier, les bases furent posées. C'était beau et, chose plus rare, après toutes ces années, c'est encore parfaitement agréable à regarder. Contrairement aux épisodes de Dead Space, bien plus récents et qui ont vieilli à une vitesse invraisemblable. Peut-on parler de jeu creux pour autant ? Loin de là. Crytrek nous a proposé avec Crysis 1 un jeu de bonne facture, à l'univers globalement assez ouvert ; mais ce qui lui permettait d'avoir vraiment un contenu et de ne pas être qu'une démo technique, c'était indubitablement les mécanismes de la combinaison qui offrait la possibilité d'avoir une armure ultra résistante, de passer en mode invisible. On découvrait que la nanosuit était le vrai héros du jeu, même si on pouvait regretter un scénario un peu light. Le principal problème du premier, c'était surtout que même les bécanes les plus puissantes de l'époque étaient à la peine pour atteindre les 20 images par seconde en mode Ultra.

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J'ai gardé un très mauvais souvenir de Crysis 2. Non seulement on n'avait plus la découverte des mécanismes, mais l'environnement proposé était franchement en dessous de ce que l'on avait pu voir avant. Et c'était linéaire. C'est le souvenir que je gardais du 2 avant sa réinstallation. Donc, dernièrement, nouvelle installation avec les deux patchs, DX11, Textures HD et Tesselation. Et là, pour tout vous dire, ça m'a fait un choc. C'est presque aussi beau que tous les jeux qu'on a pu voir en 2012. Pour rebondir sur un sujet récent, c'est au moins aussi beau que ce que l'on a vu tourner à la présentation de la PS4. Mais en jouant de façon très rapprochée avec le premier, on s'aperçoit de plusieurs choses : tous les défauts agaçants du 1 ont disparu. On enchaine les utilisations spéciales de la combi bien plus facilement que dans le 1 où il fallait passer par le menu circulaire.

Le jour où Crysis 3 a été annoncé, les joueurs échaudés par la déception du 2 ne se sont pas affolés plus que ça. En plus, on a eu une communication éprouvée 1.000 fois. On nous présentait une nouvelle arme : l'arc. On nous a fait le coup des milliers de fois aussi : la suite qui vous complète un arsenal déjà bien fourni et qui finalement n'apporte rien de plus en termes de nouveautés de gameplay. Mais pas là.

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Crysis 3, je l'attendais par curiosité, sans même me poser la question qu'on s'était posée pour les deux premiers : est-ce que ça vaut le coup de changer de machine pour ce jeu ? Alors mille fois oui. Petit secret de fabrication. Pour prendre les captures réparties dans ces pages, j'utilise un petit logiciel qui fonctionne en tâche de fond. Durant toutes mes sessions de jeu, je prends une capture toutes les 8 secondes. Naturellement, vu l'aspect alléatoire de la capture, il y a pas mal de déchet et 99% des photos partent immédiatement à la poubelle.

Avec Crysis 3, le plus gros problème n'a pas été de jouer, ça n'a pas été de rédiger ce texte, mais de trier les quelque 1.500 photos et de décerner à une poignée les Oscars des photos qui méritaient d'être diffusées. En visionnant les images, ce fut hallucinant. J'avais tout simplement l'impression d'être face à des screens de l'éditeur qui auraient été photoshopés à mort. C'est magnifique.

Bien évidemment, je joue sur PC et c'est très supérieur aux consoles. Vous pouvez déjà jeter un coup d'œil à notre galerie comparative de Crysis 3 sur PC, PS3 et Xbox 360 pour vous en convaincre. Oui, il est sacrément temps de changer de génération.

Crysis 3, c'est également une histoire. Si le scénario du premier était assez risible (entre les Nord-Coréens et les aliens, il ne manquait que des zombies pour avoir le tiercé gagnant des pires ennemis dans les jeux vidéo), il s'est complexifié dans le 3. Le seul reproche que l'on peut faire à cet opus, c'est qu'il est vraiment très lié au deuxième. Sans y avoir joué, on s'y perd énormément. Pour résumer, il y a eu échange de combinaison en plus d'une sorte de communication avec des aliens. Le héros, Prophet, a des visions d'Apocalypse ; il est persuadé que ces visions sont le futur et qu'elles sont dues au lien qu'il a pu avoir avec l'entité alienne du deuxième volet.

Dans cet épisode se déroulant encore à New York, Psycho est toujours le partenaire de Prophet, mais il s'est fait écorcher, c'est-à-dire qu'on lui a retiré de force la combi ; il le vit très mal. Prophet est le dernier homme à porter la nanosuit. Tout repose donc sur ses épaules et il est plutôt pessimiste quant à la suite des événements.

Mais ce n'est pas un New York tel qu'on le connait dans le deuxième opus. Ça se déroule quelques années après et la végétation a repris ses droits sur une ville à l'abandon. C'est donc un parfait mix entre la jungle de Crysis et l'environnement urbain du 2, avec un level design inédit. C'est bien plus vertical qu'avant. Enfin, modérément vertical, juste ce qu'il faut pour avoir le choix entre plusieurs stratégies de traversée de niveau.

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À la moitié du jeu, par exemple, vous devrez faire face à des créatures qui résistent plutôt bien aux munitions traditionnelles. La furtivité sera de mise. Vous pourrez rester au niveau du sol, en barbotant dans les marécages et en vous cachant dans les hautes herbes ou prendre de la hauteur en passant par les premiers étages des maisons délabrées, sautant de poutre en poutre sans toutefois que ça ressemble à un jeu de plate-forme. Mais vous pourrez aussi tester les passages en force ; la contrainte étant ici de ne pas vider vos chargeurs sur un seul et même ennemi.

Avant les premières rencontres alienne, on est face au CELL. Et là, je peux vous dire que c'est tout simplement jouissif. Je l'avais déjà expérimenté dans la preview et ça reste tout le temps aussi frais.

C'est assez rapidement dans le jeu que vous croisez Psycho ; il vous remet le fameux arc, symbole du jeu. Celui-ci a la particularité de ne pas vous rendre visible à l'usage lorsque vous êtes en mode furtif, contrairement à toutes les autres armes. C'est le truc le plus kiffant du jeu, il faut bien l'admettre. Vous vous souvenez du gravity gun, dans sa seconde itération de Half-Life² ? Génial, mais utilisable seulement pendant une petite heure de jeu. Là, même plaisir, mais on met la main sur l'arc immédiatement. Le seul paramètre à gérer, c'est l'énergie qui chute à cause de l'invisibilité. En gros, il ne faut pas réapparaitre au milieu d'une dizaine d'ennemis, mais les suivre, un par un, accroupi (ça consomme beaucoup moins d'énergie) et les embrocher les uns après les autres. On peut évidemment les descendre à distance, mais ce n'est pas toujours une très bonne idée. En shootant de très près un ennemi, on récupère la flèche qu'on lui a décochée. On est limité à neuf.

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Dans tous les FPS, j'adore descendre TOUS les ennemis. Dans Crysis 3, c'est un régal ; c'est peut-être même un peu trop facile. Dans les précédents volets, la furtivité était possible, pendant environ deux heures de jeu, compliquée ensuite, impensable vers la fin du jeu. Là, dès qu'on n'est pas dans des niveaux aliens, schlak, schlak, schlak, schlak… on sent vraiment la supériorité d'un porteur de nanosuit. L'arc, c'est le chainon manquant d'un vrai gameplay de furtivité.

Si je vous détaille autant la façon avec laquelle j'ai joué, c'est un peu parce que j'ai vu les premières critiques du jeu et les bras m'en sont tombés. J'ai pu en effet découvrir que certains avaient terminé Crysis 3 en quelques heures, quatre ou cinq. Quelques-uns pour avoir leur quart d'heure de gloire, en explosant des records, mais certains critiques également. Et là, je ne pige pas bien. Les objectifs sont souvent variés, mais ils sont plus ou moins tous de même nature : aller au point B. Un coup de furtivité en slalomant à travers tous les ennemis et l'affaire est dans le sac. C'est une réalité. Mais on se demande si ces joueurs n'auraient pas mieux fait d'acheter un jeu de F1. L'intérêt, c'est évidemment de jouer avec le level design, contourner ses ennemis, leur faire des coups de pute, faire des brochettes de soldats du CELL lorsqu'ils sont bien alignés. Jouer à terminer le premier, c'est oublier qu'un jeu coute 60 ou 70 euros et qu'on n'a pas vraiment envie que notre passion devienne aussi chère que le ciné.

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