Test - Demigod

Divinement inspiré, mortellement handicapé.

J’ai fait pas mal de rêves horribles au cours de ces nombreuses années peuplées de nuits presque blanches dues à ma passion du jeu, mais jamais un cauchemar aussi stupide que «d’essayer de lancer un jeu uniquement multijoueurs qui ne fonctionne pas en multijoueurs». Pourtant, c’est ce qu’ont dû supporter le mois dernier les mecs de Gas Powered Games et leurs fans les plus fidèles. C’est bien beau de demander d’avoir la foi, mais en l’occurrence c’est pousser le bouchon un peu loin.

Il est vrai que les développeurs de Stardock ne s’attendaient pas à ce que le fait de s’adresser exclusivement à un public de passionnés conduirait à un taux de piratage aussi démentiel (85% des copies ont été piratées, avant tout à cause d’une sortie précoce chez le détaillant américain GameStop) et que par conséquent les joueurs légaux seraient incapables de trouver des matchs multijoueurs qui fonctionnent lors du lancement du jeu. Cependant, d’après ce que je comprends, ce sont eux qui ont choisi de forcer chaque exemplaire du jeu, y compris les centaines de milliers d’exemplaires pirates, à être en permanence connectés à leurs propres serveurs (ce qui est étrange de la part d’une société qui néglige si ostensiblement la protection de ses jeux) à l’aide d’un programme réseau inadéquat, et c’est ce déni de service auto fabriqué qui à été vertement critiqué. Si Multiwinia n’avait pas déjà gagné le Trophée Darwin de cette année pour son immolation auto déclarée, Demigod aurait été son concurrent le plus redoutable.

Qu’il suffise donc de dire que si Eurogamer avait consacré un article à ce jeu au lancement du téléchargement numérique, il l’aurait démoli vertement sans même jeter un coup d’oeil furtif à ses éléments importants. Pourtant, à l’occasion de la sortie européenne et après que le PDG de Stardock Brad Wardell a déclaré que le problème «était réglé», nous avons décidé de le passer au crible de notre puissance analytique.

Commençons par les bases! Demigod est une conversion en un jeu complet du mod de Warcraft III Defense of the Ancients (DoA pour les intimes) ; cela veut dire que c’est une remise en forme de la formule standard du RTS, à savoir que vous ne contrôlez directement qu’une seule unité, votre demi-dieu, et que vos autres unités contrôlées par l’IA se génèrent en vagues réitérées. Des drapeaux répartis au travers de la carte donnent le contrôle d’éléments proches (comme les mines d’or ou les centres de santé), et il y a des tours de défense, probablement pour réduire le rythme du jeu. Avec jusqu’à quatre joueur par camp, vous commencez à envoyer ad patres des troupes médiocres et faibles, tout en visant à détruire vos adversaires et leurs citadelles (il y a quatre modes de jeu, mais ils se résument en grande partie à ECRASER l’adversaire).

1

Vos troupes se génèrent à partir des portails bleus et, insoucieuses des fortifications ennemies comme l’était la Brigade Légère, elles meurent généralement dans la minute qui suit.

Des huit divinités que vous pouvez choisir, quatre sont des tueurs – c’est à dire qu’ils font des dégâts directs – et quatre des généraux, qui peuvent acheter une escorte composée d'autres types de troupes. Chacun d’eux est aussi superbement dessiné que les héros originaux de Warcraft III et tous répondent à des stéréotypes hauts en couleur. Parmi les tueurs, le géant et emblématique Rook est un défonceur de bâtiments, le fragile Torchbearer peut choisir entre faire des dégâts directs ou affaiblir l’adversaire, Unclean Beast est rapide et fait d’énormes dégâts à la longue, et Regulus est un sniper angélique. En ce qui concerne les généraux, Sedna est un guérisseur monté sur un tigre, Lord Erebus est un vampire difficile à attraper, Oak est un nécromant défensif solide, et Queen of Thorns fait des dégâts de zone massifs. Tous les quatre peuvent invoquer des unités spéciales et disposent de trois sortes de troupes à acheter.

Vos demi-dieux gagnent de l’expérience en se massacrant entre eux et en écrasant les innombrables troupes faibles et, quand ils progressent de niveaux, vous pouvez leur choisir de nouvelles capacités sur une arborescence de compétences très similaire à celle de World of Warcraft. La progression peu être très rapide si vous évitez de mourir et si vous vous attachez avant tout à écrabouiller la populace et les bâtiments, ce qui vous vaudra très vite une panoplie de pouvoirs intéressants. Ils semblent tous bien équilibrés. Les personnages correspondent aux archétypes bien utiles que l’on trouve dans tous les RPG, par conséquent explorer leurs arbres de compétences, les bâtir solidement et trouver de bons groupes de demi-dieux auxquels les intégrer devient la principale source d’intérêt et de diversité du jeu.

2

Même si le jeu est incroyablement beau sur les plans rapprochés, vous passerez la plupart du temps en vue panoramique.

L’achat d’objets magiques, comparables à ceux de Warcraft III, est l’élément le plus personnalisable du système de progression, mais il est un peu mal foutu. Il y a dans votre base différents magasins à visiter pour acheter des objets magiques et des améliorations pour les infrastructures et les troupes, ce qui généralement vous détourne provisoirement de la guerre. Par ailleurs, les objets sont totalement déséquilibrés – on peut bâtir des tueurs surpuissants avec certains personnages (en particulier avec ceux gourmands en mana) et certains objets, comme les scrolls de téléportation, sont essentiels à cause des distances à parcourir ; certains autres objets, à l’image de la plupart des casques, sont plutôt redondants. Comme votre or augmente selon un taux prédéfini (plus important si vous possédez des mines) il y a un choix simple à faire entre améliorer son demi-dieu et améliorer son armée ou son infrastructure (qui a sa propre arborescence de technologies).

Améliorés ou pas, rares sont les demi-dieux à être au niveau de ceux vus dans les vidéos originale mettant en scène le géant Rook ; en les voyant, nous imaginions tous un panthéon de colosses, bataillant au milieu d’un essaim d’armées, nous sommes donc déçus. Nous nous sommes retrouvés avec un seul géant, à la fois lent et vulnérable, avec l’air sombre de son congénère de Shadow of the Colossus dont il s’inspire, et sept nains enflammés. Il est évident qu’une grande partie du contenu promis a été édulcorée.

Commentaires (1) Latest comment il y a 3 années

Fermés

  • Clint_Bois_de_l_Est #1 il y a 3 années

    Bonjour,

    merci pour cet article, que je trouve plutot très juste, à l'exception de la partie sur le multi : il me semble au contraire que le team play joue un role central dans les parties multi, et que la coordination des actions est essentielle pour remporter la victoire (coordination des attaques, pièges tendus à l'équipe adverse, annonces des upgrades de citadelle, appel au snipe, annonce des téléportations et des flag locks...), ce qui est bien évidemment impossible avec de l'IA dans l'équipe.