Half-Life 2 : Episode 2

Vous en sortirez à bout de souffle...

L’Episode 2 démarre alors que Gordon Freeman s’extrait de l’épave fumante du train. Pile à la fin de l’épisode précédent, qui lui-même débutait exactement à la fin d’Half-Life 2. Cette sortie de l’épave est-elle une métaphore de l’Episode 1 ? Ce fut à la fois très fun et un rien décevant de s’en prendre à Valve au sujet de cette saga à suite, débutée en mai 2006. Fun, car c’est du Valve tout craché d’être autant à la rue en ce qui concerne les dates de sortie ; on ne peut s’empêcher de sourire à chaque fois qu’une nouvelle date est annoncée. Décevant, car on voulait vraiment croire que l’éditeur était capable de cet exploit incroyable, qu’aucun développeur de FPS n’avait jamais osé promettre : sortir trois épisodes d’un jeu canon en l’espace d’un an, comme c’était prévu à l’origine.

Mais quand on entendit Robin Walker expliquer que si l’Episode 2 avait glissé dans le planning, c’est parce qu’il n’était «pas assez bon», il a bien fallu admettre que l’argument était recevable.

Peut-être, d’ailleurs, la réaction à l’Episode 1 a-t-elle suffi à provoquer ce décalage. «Trop court !» ont crié certains. «Trop contraignant !» ont dit d’autres. Ou encore «Pas assez épique !». Pour la première fois dans son histoire, l’éditeur voyait son produit phare du moment recevoir une note moyenne en dessous des 90%, et le système de suivi de Steam concluait au fait, alarmant, qu’une proportion significative de l’audience lâchait l’affaire bien avant la fin. Pour un jeu aussi court que l’Episode 1, c’était une sacrée gifle.

Prolongement naturel

1

L’Episode 2 est le produit d’un développeur qui veut à tout prix que l’on aille au terme haletant de cet opus. Lequel, montre en main, se joue en quelque sept heures bien denses, soit environ 50% de plus que le précédent. Et, au passage, guère moins que certains titres récents vendus «plein pot». Bref, on ne se sent pas floué, et ce ne serait pas le cas même si le jeu était vendu séparément. En outre, après l’ambiance claustrophobe de l’évasion de la Cité 17, on respire enfin, même si l’on se sent toujours oppressé par les paysages menaçants et ces orages dimensionnels qui n’annoncent rien de bon pour le futur proche.

On sort de l’épave, donc. Ce qui replace notre héros exactement là où l’Episode 1 l’avait laissé. Emergeant du train en miettes, Gordon retrouve bien vite sa fidèle comparse, Alyx, qui semble s’être sortie sans une égratignure de cette collision monumentale. Le précieux code est en sa possession, elle n’est pas sans ignorer que le Cartel est aux trousses du binôme, et que ses sbires seront sur eux d’ici peu s’ils ne s’enfoncent pas rapidement dans la forêt. Tout démarre donc de façon on ne peut plus classique ; elle vous tend le bon vieux Gravity Gun, et vous voici lancés dans l’extermination de tout ce qui vous barrera la route.

2

Comme dans l’Episode 1, la continuité est le maître mot. Bien que l’on soit presque trois ans après la sortie d’Half-Life 2, aucune nouveauté spectaculaire ne vient briser le lien avec le titre parent. On se sent chez soi : même arsenal, mêmes ennemis, et une succession de scènes mémorables et autres traquenards atroces. Ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise chose. C’est bien, dans le sens où Half-Life 2 était l’archétype du 10/10, apte à faire front devant l’arrivée des titres nouvelle génération (dont c’était l’un des pionniers d’ailleurs). Selon moi, tout ce qui peut prolonger cette expérience fabuleuse au scénario en béton est une bonne chose.

Un univers en marche

Mais d’un autre côté, tout est tellement fidèle à l’univers d’Half-Life 2 qu’on n’en vient certes pas à mépriser l’Episode 2, mais qu’il y manque ce côté bluffant, innovant, qui jalonnait chaque chapitre ou presque de son ancêtre. On en a connu, des moments d’angoisse et des combats épiques face aux sales bestioles d’Half-Life 2. On leur a foutu le feu, on les a coupés en deux, on les a ventilés à la grenade. On est resté béats d’admiration devant ces Striders rappelant la Guerre des mondes, qui désintrégraient tout sur leur passage. On a admiré les progrès dans l’IA coopérative, les expressions au rendu impeccable sur les visages d’Alyx, d’Eli, de Magnusson, du G-Man… Et l’on retrouve tout ça dans l’Episode 2. C’est toujours aussi réussi, mais on ne peut s’empêcher d’avoir un sentiment de déjà vu. La mécanique fonctionne à merveille, mais si vous attendez de l’Episode 2 qu’il vous propose un univers nouveau, vous allez être déçus. Ce n’est pas de la «nouvelle nouvelle» génération, simplement un raffinement et une avancée solide de l’un des meilleurs FPS jamais sortis.

3

Le vrai plaisir que l’on éprouve à jouer cet Episode 2 ne vient donc pas d’un gameplay innovant ou d’une quelconque originalité (c’est le boulot de Portal) mais du scénario proposé, plein de rebondissements et de surprises. C’est d’ailleurs toute la difficulté de mon entreprise, car il serait dommage de vous gâcher le plaisir de la découverte en en disant trop. Précisons seulement qu’à ce niveau, rares devraient être les joueurs qui seront déçus. L’histoire est jalonnée d’événements majeurs, qui vous en mettront plein la vue, car c’est aussi ça, la force de la série : un scénario dense et bien ficelé.

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