Handicapé et pro-gamer

L'homme à l'origine des contrôles NOM4D de Call of Duty

"C'est une blague ?"

Premier jour du tournoi Major League Gaming tournoi à Charlotte, en Caroline du Nord. Nous sommes à quelques minutes du début de la compétition. Un des membres de l'équipe demande à l'arbitre s'ils sont les victimes d'une mauvaise blague.

Stupéfaits, les membres de l’équipe H2O se préparent pour affronter leurs adversaires sur Rainbow Six : Las Vegas. Parmi les adversaires, Randy Fitzgerald, alias NOM4D. Fitzgerald est né en 1979, avec une arthrogrypose, maladie rare caractérisée par des déficiences neuro-motrices dès la naissance, et qui cause des déformations et de raideurs articulaires paralysantes. Pour parler simplement, Fitzgerald ne peut bouger ni ses bras, ni ses mains, ni ses jambes, ni ses pieds.

Pour contourner ce handicap, Fitzgerald joue aux jeux vidéo en utilisant son visage ; grâce à une manette adaptée et vissée sur son fauteuil roulant du côté droit. Après que ses camarades aient fixé la manette de Fitzgerald, l’arbitre s’assure de l’accord de l’équipe adverse, et le gars dans le fauteuil roulant pourra jouer. Sûrs de leur victoire, les H2O rigolent.

Alors que la partie va commencer, Fitzgerald se tourne vers son équipe et dit : "Allons tuer ces mecs".

Et c’est ce qu’ils feront. "Nous avons fini par les anéantir", se souvient Fitzgerald.

Et ils ne furent pas les seuls. Les unes à la suite des autres, les équipes tombent devant le team H2O. Alors qu’une nuée de spectateurs commence à s’agglutiner autour d’eux, tous veulent apercevoir l’homme qui joue avec son visage, et qui élimine chacun de ses challenger un par un. "Ils prenaient tous des photos, se rappelle Fitzgerald, si bien qu’avec tous ces flashs, j'avais du mal à voir ce qui se passait à l'écran. Nous avons passé la première journée à gagner partie sur partie ; si vous faites la même chose en seconde journée, vous êtes considéré comme un pro-gamer.

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Le Pad Xbox 360 customisé de N0M4D.

Après une nuit à célébrer ces victoires à coup de montagnes de bière, les premiers rounds de la matinée de la deuxième journée ne sont pas aussi parfaits que la veille, mais la performance de H2O continue d’alimenter les conversations.

Fitzgerald a 32 ans, il a commencé à jouer très tôt. "A trois ans, j’étais emmené par mon père et ses potes au bowling. Mon père déplaçait un flipper vers le Pacman, me sortait du fauteuil roulant pour me mettre à plat ventre sur le flipper, mettait une pièce dans le Pacman et je pouvais jouer, en bougeant le joystick avec mon menton. Ces quelques pièces allaient devenir des heures de jeu. Une année mon père m’a même inscrit à un tournoi de Pacman, où j’ai fini deuxième ou troisième. C’était peu avant les exploits de Fitzgerald sur son Atari 2600 et une borne arcade de table produite par Coleco".

"Mes parents savaient que je n’aurais pas accès à beaucoup d’activités à cause de mon handicap, aussi ils mettaient à ma disposition tout ce qui m’était accessible. Ils ont acheté de nombreux jeux vidéo et tous les nouveaux supports qui sortaient. Ce qui fait que j’ai énormément de pratique". Mais passer d’une console à une autre n’a pas toujours était simple. "Quand j’ai dû passer du bouton unique de l’Atari à la NES avec sa croix directionnelle et ses boutons je me souviens avoir vécu une vraie frustration, en me demandant comment faire ?"

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Une légende du jeu rencontre une légende du catch, Hulk Hogan, au dernier E3.

La solution de Fitzgerald sera de faire pivoter la manette de 45° dans le sens des aiguilles d’une montre pour pouvoir ainsi manipuler la croix directionnelle avec sa lèvre du haut et utiliser son menton pour les boutons A et B. Avec ces quelques ajustements cela marchait. Jusqu’au jour où Sega sortit la Saturn et où il fallut tout repenser. J’ai compris comment tourner la croix directionnelle d’une autre façon pour l’activer avec mon menton, et pour que ma lèvre supérieure atteignent les autres boutons.

Fitzgerald commence à ressentir ses facilites de joueur comme des qualités innées. Mais il ressent la difficulté à faire reconnaitre sa réputation de pro-gamer. "Cette expression je ne l'avais jamais utilisé avant que la Major League Gaming ne l’ait employé sur son site. Alors tout le monde s’est mis à parler de moi comme d’un pro. Je ne sais pas, je pense je suis juste… bon. Pas mal d'autres joueurs sont meilleurs que moi."

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