Heavy Rain Prise en main
PlayStation 3 Prise en main par Tom Bramwell
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En dehors de ces quelques moments puissamment évocateurs, il y a le thème récurrent de la pénibilité à devoir poser des questions difficiles à des gens en proie au chagrin, et il est pratiquement impossible de ne pas s'identifier à Scott Shelby et de se mettre dans sa peau quand il essaie de les pousser, mais pas trop durement, pour en soutirer des réponses. Au cours des premières heures, Shelby apparaît comme le personnage le plus idéalisé, au milieu d'un large éventail de gens à problèmes ou brisés par la vie, tous étant cependant dépeints de façon très réaliste.
La clé de tout cela est bien entendu la modélisation exceptionnellement détaillée des personnages du jeu. Les écrans de chargement sont des plans extrêmement rapprochés du visage du prochain personnage jouable, comme pour vous inviter à chercher des défauts à l'aide d'une loupe. Pourtant, vous aurez beau chercher, vous n'en trouverez pas, que ce soit dans les poches sous les yeux de Shelby, dans la barbe naissante sur le menton d'Ethan ou dans la balafre sur la joue de Jayden. Par ailleurs, les personnages sont définis de façon suffisamment stylisée pour ne pas donner l'impression horrible d'être des robots, et les talents d'observation subtils et appliqués des dessinateurs – qui doivent beaucoup à l'utilisation intensive de la capture de mouvement – se traduisent aussi dans l'animation. Regarder Ethan Mars enfiler une chemisette est exactement comme regarder quelqu'un enfiler une chemisette sous vos yeux. On est vraiment là.
Cela ne sonne faux que lorsque vous accomplissez une action contre nature. Cela peut laisser penser que les contrôles et les mouvements du jeu sont restrictifs, mais dans la réalité le lien entre le joueur et le personnage est rarement forcé, grâce à une interface polyvalente et intuitive. Il est impossible de dénigrer Heavy Rain comme n'étant qu'une suite de QTE une fois que l'on a commencé à y jouer ; les visuels extraordinaires, les activités intrigantes et la façon complexe dont le jeu interprète et anticipe vos actions vont bien au-delà de la relation traditionnelle entre, par exemple, Lara Croft et le balancier d'où le bouton X doit la propulser au plus fort d'une séquence scénarisée.
L'histoire de Heavy Rain elle-même est également bourrée de nouveautés. On nous a promis cette fois-ci qu'il n'y aurait pas de sadiques anonymes sur Internet – désolé pour les fans de Fahrenheit - mais le scénariste David Cage est à l'évidence fasciné par l'impact psychologique des traumatismes physiques et émotionnels, ce qu'illustre la visite chez le docteur d'un Ethan Mars en proie à des pertes de mémoire potentiellement dangereuses. Cage fait confiance au joueur et le titille aussi un peu – un moment donné Shelby se raidit comme s'il allait entrer en catatonie, mais il devient rapidement évident qu'il n'a en fait qu'une petite crise d'asthme.

Il y a trois niveaux de difficulté – pour les non joueurs, pour les joueurs occasionnels et pour les joueurs chevronnés – qui font varier le nombre et le timing des actions.
Comme la majorité des séquences que j'ai jouées se déroule à la fin 2011, il y a aussi quelques touches futuristes. Norman Jayden est équipé d'une paire de lunettes doublées d'un ordinateur appelées ARI. Celles-ci, reliées à un gant spécial, lui permettent d'enregistrer ce qu'il voit, d'enregistrer des notes audio, d'accéder à des informations sur son environnement grâce à un affichage superposé à son champ de vision, et de manipuler des objets virtuels.
Dans une scène plutôt réussie, il tue le temps au commissariat de police en faisant rebondir une balle virtuelle contre un mur virtuel. Sur le lieu d'un crime, il détecte les odeurs, les empreintes de pas et les échantillons d'ADN avec l'ARI. Quand il se retrouve dans un vieux bureau vide et poussiéreux, il ignore le panneau d'affichage, balaye le téléphone et les dossiers du bureau d'un revers de bras et utilise l'ARI pour créer un bureau virtuel au sommet d'une montagne ou au fond de la mer. Il parcourt ensuite des dossiers virtuels, épingle sur une carte déroulante les endroits où des corps ont été largués, et recoupe ses notes sur l'affaire pour essayer de dessiner le profil de l'Origami Killer.
En d'autres occasions, les méthodes de narration sont plus traditionnelles et restrictives, notamment dans la bonne utilisation des angles de caméra statique (on peut généralement choisir entre plusieurs angles) et dans la façon dont des concepts et des détails essentiels sont souvent introduits par des voies détournées. Jamais personne ne se tient en face de vous en vous disant ce qui va se passer, ce n'est d'ailleurs pas nécessaire.

Un des choix possibles lorsque l'on sort dans le magnifique jardin d'Ethan au cours du prologue est simplement de s'allonger dans l'herbe. Adorable.
La réalisation de Quantic Dream est en permanence aussi accomplie que pratiquement tout ce à quoi j'ai joué jusqu'à maintenant. Uncharted 2 est indéniablement meilleur que Heavy Rain au niveau des interactions convaincantes entre les personnages, mais Heavy Rain se rattrape en vous donnant toujours le contrôle en dépit d'un réalisme visuel comparable. Le seul point d'interrogation technique qui subsiste concerne certains passages où les dialogues et l'interprétation manquent parfois un peu de naturel – peut-être parce que Cage, par ailleurs impérial, a de la peine à dissimuler qu'il écrit dans une langue qui n'est pas sa langue maternelle. C'est cependant un défaut mineur, et que l'on discerne uniquement parce que la réalisation est par ailleurs exceptionnelle.
Cela dit, l'histoire n'est pas seulement un élément vital de Heavy Rain, elle en est le centre absolu, ce qui rend difficile de tirer des conclusions définitives même après avoir joué une partie du jeu en continu. Les fils conducteurs et les thèmes commencent à prendre forme à l'horizon, et des mystères se sont matérialisés ou ont filtré des nuages toujours présents qui s'étendent au-delà de ce prologue bouleversant, mais la façon dont tous ces éléments vont s'agréger au fil du jeu déterminera probablement sa qualité.
Pour le moment, c'est fascinant et accrocheur, en dépit de l'atmosphère lourde parfois maladive à l'excès et l'impression de tristesse, de désespoir et de folie. Heavy Rain s'aventure dans des territoires inconnus avant même que vous ayez fini d'apprendre à les diriger et, qu'il s'avère ou non un immense succès, il est déjà unique en son genre.
Heavy Rain est prévu exclusivement sur PlayStation 3 pour le début 2010.










