Test - MadWorld
Quand Running Man rencontre Sin City
Quand Running Man rencontre Sin City… Un raccourci qui peut paraître un peu réducteur mais donne une bonne idée de ce qu’est la première production du studio Platinum Games. Composée en partie d’anciens de Clover Studio - feu branche expérimentale du grand Capcom, la nouvelle structure frappe fort avec MadWorld, un titre ambitieux qui marie avec brio le genre antédiluvien du jeu de combat à progression avec une charte graphique tout simplement jamais vue dans le jeu vidéo.
MadWorld renoue avec la grande tradition des beat-em-all, un genre qui a connu son heure de gloire dans les années 90 à coups de titres comme Streets of Rage et autres Golden Axe. Aujourd’hui, les occasions de taper massivement sur du bad guy se font bien rares, à moins de fréquenter assidument les Virtual Console et autres compilations de oldies… Dans MadWorld, on incarne le charismatique Jack Cayman (ça ne s’invente pas), plongé dans un jeu télévisé, le DeathWatch. Notre homme est rompu à l’art du combat et, comble de la préciosité, arbore un bras artificiel qui peut se transformer en tronçonneuse.
Le show auquel il participe prend place sur Jefferson Island, une île en quarantaine où le joueur va frayer sa progression à coups de savates sous le regard des téléspectateurs. Un pitch pas très original, qui évoquera aux amateurs dans ses grandes lignes le mémorable Running Man, mais sur lequel repose un scénario rondement mené au fil du jeu.
La grande surprise de MadWorld tient dans sa livrée graphique, exclusivement en noir et blanc où seule la couleur rouge du sang (coulant par litres entiers ici) et le jaune des onomatopées apparaissent à l’écran. L’effet rappelle incontestablement l’excellent Sin City de Robert Rodriguez réalisé d’après la BD culte de Miller.
C’est en tout cas une grande première à mon sens dans le jeu vidéo, si j’omets bien entendu d’évoquer mon Amstrad CPC 464 en version monochrome qui donnait lui aussi dans l’écran bicolore, mais ceci est une autre histoire (oui, j’ai besoin d’en parler et alors ?).
Donc oui, MadWorld est bien la claque visuelle que l’on pressentait depuis les premières présentations du jeu. Le rendu graphique est assez stupéfiant dans le sens où malgré sa livrée monochrome, MadWorld reste toujours parfaitement lisible et confère même de jolis effets de profondeur à l’action. Bref, l’effet est vraiment réussi et transcende littéralement les capacités pourtant limitées de la Wii en offrant par exemple un souci du détail jamais vu sur la console. On note parfois des ralentissements mais qui ne gâchent pas véritablement l’expérience de jeu. On en vient parfois à se demander à quoi aurait pu ressembler un MadWorld en haute définition sur PlayStation 3 ou Xbox360…
Par ailleurs, j’ai personnellement ressenti une certaine fatigue visuelle après plusieurs heures enchaînées à trucider de l’ennemi. MadWorld s’inscrit finalement bien dans la tradition Sega : il s’agit d’un pur jeu d’arcade auquel il est préférable d’accorder de courtes sessions de jeu, quitte à y revenir régulièrement.
Si Running Man ou Sin City viennent immédiatement en tête comme possibles sources d’inspiration, on peut aussi trouver des réminiscences d’un certain Manhunt, côté jeu vidéo. Pourtant, là où le jeu de Rockstar donnait dans le glauque avec une ambiance lourde et malsaine, MadWorld donne tellement dans la violence extrême qu’il prête bien plus souvent à rire qu’à être véritablement dégoûté. Il va de soi que la présentation graphique très originale du jeu concourt à dédramatiser l’intensité de l’action et confère une certaine distanciation vis-à-vis des carnages se déroulant à l’écran. Car oui, MadWorld est un jeu extrêmement violent, peut-être même le plus violent jamais sorti à ce jour sur une console de jeu. Inutile de préciser que c’est plus qu’une première sur Wii et que le choix de la console de salon la plus familiale qui soit peut surprendre… C’est bien simple, le principe même du jeu consiste à infliger les pires tortures aux ennemis.
Pourquoi exploser bêtement un quidam quand on peut lui enfoncer un panneau indicateur dans la tête, l’emprisonner avec un pneu et ensuite le balancer sur un mur hérissé de pointes ? Pour faire du score dans MadWorld, il faut être efficace et avoir un brin de tendance sadique pour trouver les méthodes d’élimination les plus retorses qui soient.
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