Mafia II

Mieux qu'un Scorsese

Voilà, c'est fait. Après un week-end consacré à Mafia II, je l'ai terminé. Un de plus. Combien de jeux ai-je déjà terminés. En restant dans le raisonnable, je dirais deux par mois. Rassurez-vous, c'est bien en dessous de la réalité. En gros, 25 par an. Donc, depuis que je suis joueur, 625. Pas mal mine de rien. Quel est le point commun à ces 625 jeux ? Qu'est-ce qui m'a poussé à aller au bout ? Le gameplay, les graphismes, la narration. Ah oui…. La narration dans Zoo Keeper, dans Tetris, Risk ou le Mah-jong, ce n'est pas forcément l'argument numéro 1. Disons que pour une certaine catégorie de jeu, la narration, l'histoire, le background, tout se qui se cache derrière la dramaturgie – un art je le rappelle (l'art de la composition théâtrale, à laquelle appartiennent les arts vivants, le sixième art d'après Hegel), pour une certaine catégorie de jeux donc, dans laquelle on trouve Le manoir de Mortevielle, Wings, Monkey Island, Indiana Jones and the fate of Atlantis, les Fallout, ça compte, et pas qu'un peu.

Or, je peux bien l'avouer, rares sont les jeux dont les scénarios vont me passionner. Rares sont les personnages qui vont rester dans la mémoire. C'est d'ailleurs assez surprenant, mais les rares personnages qui me viennent assez spontanément à l'esprit sont des personnages de Rockstar. Nico Bellick, John Marston, par exemple. Duke Nukem ? Un gros beauf sans intérêt. Lara Croft ? Aurait-elle autant marqué les esprits avec le modèle 3D de Jane Birkin ? Gordon Freeman ? Y'a du mieux, mais avouons-le : il est interchangeable avec n'importe quel autre héros de jeu. Le héros de Crysis a-t-il un nom ?

Or, il y a un énorme paradoxe pour le joueur. Il a soif de gameplay – sinon il irait au cinéma –, mais on lui impose des cinématiques dont il ne veut pas toujours. Donc, il zappe. Personnellement, une fois que j'ai à peu près compris l'histoire, suffisamment pour que je puisse la pitcher dans ses pages, je zappe. Pourquoi ? Parce que dans 95% des cas, c'est nul. Dans les 5% des cas restants, on a d'excellents jeux de rôle, de très bons Third Person Shooter. Mais on a quand même des Crysis, blockbuster absolu, AAA devant l'éternel qui nous sert un affrontement ricain / nord-coréen et des aliens qui débarquent au milieu de ça. Il y a plus d'ambition dans la moindre quête quotidienne de World of Warcraft.

Il n'y a pas grand-chose à attendre des scénarios des jeux vidéo ; ça va murir. Pour le moment, on attend. Des jeux comme Mafia II, par exemple. Comment définir tout ce que nous raconte Mafia II ? Ah oui, il y a un mot : miracle. Ce n'est pas que l'histoire est bonne, c'est tout simplement inespéré. Imaginez un film de Scorsese ou de Coppola qui durerait une quinzaine d'heures. Le seul moment pénible d'un film de ces réalisateurs, c'est que ça se termine. On en reprendrait bien deux ou trois heures de plus, histoire de développer encore un peu les personnages de Sam Rothstein (Casino), Henry Hill et Jimmy Conway (Les affranchis) de Vito ou de Michael Corleone (Parain, I, II ou III).

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On appréciera le photoréalisme de l'eau.

Avec Mafia II, on en prend pour quinze heures de bonheur absolu. Avec certains jeux, on doit parfois signer ce que l'on appelle des NDA (Non Disclosure Agreement). On ne doit pas par exemple diffuser un test avant une certaine heure. On ne doit pas non plus parler de certaines choses, pour ne pas pourrir l'expérience des joueurs. C'est le cas de Mafia II. Je ne dois absolument pas vous parler de deux niveaux. J'irais même plus loin. Je ne vous parlerai de rien. C'est la Mafia américaine, branche italienne, les années 50, trois familles, point barre. C'est tout simplement la meilleure expérience narrative à laquelle j'ai jamais eu droit. Et depuis que je suis joueur, à – allez, on reste raisonnable – 20 jeux par mois, on doit bien arriver à 6.000 jeux. Mafia II arrive en première position. Là, par contre, une précision s'impose. Parce que ce jeu n'est pas exactement foutu comme les autres jeux.

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Une explosion signée NVIDIA !

On vous a souvent dit des jeux qu'ils utilisaient les codes du cinéma. C'est plus vrai que jamais ici. C'est, avant toute chose, vrai dans le rythme. Imaginons un jeu lambda et comparons-le à Mafia II. Dans le premier cas, on vous demande d'aller buter un mec. Vous dites OK, vous prenez la voiture et vous shootez le type qui se trouve dans le viseur. Temps moyen, cinq minutes. Là, non. Dans le jeu de 2K, vous vous levez, le téléphone sonne, vous obtenez un rendez-vous, vous y allez en voiture. Vous rencontrez le type qui vous a téléphoné, il vous explique qu'untel a trahi, qu'il faut s'en débarrasser et blablabla… Parfois ce sont des scènes d'exposition qui durent cinq minutes. C'est la première fois dans un jeu que je ne passe aucune cutscene avec Escape. Il faut d'ailleurs souligner que la VF est excellente. C'est bien localisé et les voix françaises sont faites par des pointures : Xavier Fagnon (Vito) est la voix de Jack dans Lost, Emmanuel Gradi (Joe) est la voix de Earl dans... Earl, etc.

On va ensuite à l'endroit indiqué avec Joe ou Henry, des acolytes. Sur la route, ils font la conversation. Henry est raffiné, Joe est un peu plus lourdaud. Cela se ressent dans les conversations, magnifiquement bien écrites. Les séquences d'action qui suivent sont à géométrie variable. Bien entendu, plus on s'approche de la fin, plus il y a de monde en face, mais il ne s'agira jamais d'une armée d'adversaires, ça reste globalement réaliste. Là où je veux en venir, c'est que dans certaines missions qui durent une heure en moyenne, vous n'aurez parfois de l'action que durant dix minutes.

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