Operation Flashpoint : Dragon Rising

La guerre, la vraie

Infinity Ward est un menteur. Un excellent menteur avec une panoplie de mensonges irrésistibles et fantastiques, mais un menteur tout de même. Ses jeux Modern Warfare prétendent montrer aux joueurs ce à quoi ressembleront les conflits futurs entre armées de métiers, une projection virtuelle des horreurs et des frissons que connaîtront les soldats pour le plus grand profit de leurs nations respectives. Et nous avalons cela…. Qui sait, si à l’instar de nombreux films d’action hollywoodien, Call of Duty n’est pas financé en partie par l’armée américaine ? Ce serait incontestablement de l’argent bien dépensé. Comme moyen de recrutement pour l’armée, la série est sans rivale : combien de jeunes hommes se sont retrouvés sur de vrais champs de bataille après que leurs exploits sur les terrains d’opérations virtuelles les ont poussés à s’engager ?

Cependant, le feu d’artifice incessant de mortiers et de séquences dans des couloirs à la Michael Bay de Modern Warfare n’est en vérité guère plus qu’une représentation approximative du combat façon parc d’attraction. L’argument superficiel, d’où sont en grande partie absentes les vicissitudes de la réalité, s’apparente plus à des montagnes russes sur un thème militaire qu’à un outil d’entraînement sans artifice. Par conséquent, sur un champ de bataille lointain, il y a aujourd’hui un soldat engagé dans la vie militaire à cause du jeu qui gît face contre-terre dans la boue, tandis que ses amis meurent autour de lui ; il n’y a aucun marqueur de check point pour guider sa progression ni aucune sauvegarde de ses progrès, et il maudit le jour où il a cru à ces mensonges. Codemasters vient se glisser à côté de lui, s’agenouille et lui colle dans sa main blessée un exemplaire d’Operation Flashpoint : Dragon Rising en murmurant : « si c’était la vérité que tu recherchais, soldat, tu aurais dû jouer à ça ».

Mission 7 : Bleeding Edge. Mon escadron de quatre hommes est massé tout près du bord du champ de bataille, mais pas tout à fait assez près. Il faut pas mal marcher pour atteindre le premier objectif : un barrage routier surveillé par un groupe d’ennemis qui doit être nettoyé pour que nos véhicules puissent avancer. S’il est une chose à laquelle vous consacrerez beaucoup de temps dans Operation Flashpoint, c’est la marche. D’un point de vue marketing, il est sans doute très bien de s’enorgueillir d’un théâtre d’opérations de 56 km en le marquant en gros au dos de la boîte, mais vous maudirez ces distances énormes quand il faudra crapahuter. Au niveau de la simulation, même ces marines bien entraînés s’épuisent relativement rapidement quand ils courent à toute vitesse, les pulsations frénétiques de leurs cœurs ne tardant pas à faire vibrer fortement le contrôleur. Par ailleurs, si l’on se prend une balle perdue dans la jambe, on ne pourra plus courir nulle part au pas de course.

Par conséquent, j’ordonne à l’équipe de se diriger vers un véhicule blindé à proximité : deux à l’arrière, un sur la tourelle d’artillerie, moi au volant. La route devant nous est dégagée, la litanie des tons verts et bruns désaturés n’étant pas perturbée par le tremblement des mouvements ennemis. J’arrête le véhicule pour appeler la carte de supervision et faire le point, mais avant que ma commande ne soit enregistrée, il y a un grand clac et l’écran devient noir. Dans Operation Flashpoint, comme à la guerre, on ne passe pas de vie à trépas accompagné par le son de trompettes d’archanges. La mort est instantanée, généralement inattendue et jamais glorieuse. Je ne vois même pas mon cerveau s’éparpiller sur le pare-brise, ni le sourire narquois du sniper fébrile qui a tiré à 2 km de distance.

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Il y a dans chaque mission un objectif caché, qui débloque un succès si on le remplit.

Les joueurs n’ont pas été gâtés en matière de simulation militaire ces dernières années. Le passage de la série Ghost Recon de la Xbox à la Xbox 360 a transformé le jeu d’une simulation militaire en une guerre de parc d’attractions, éliminant de fait un des vrais wargames les plus populaires du Xbox Live.Dragon Rising s’engage dans un créneau depuis longtemps vacant, car il consiste essentiellement à examiner avec attention d’immenses cartes, à trouver des chemins au travers des patrouilles ennemies avant de progresser centimètre par centimètre dans des sous-bois en retenant son souffle, les genoux tremblants.

Vous prenez le contrôle d’un escadron de quatre marines au long d’une campagne solo de 11 missions où vous affrontez l’armée chinoise pour libérer une île russe envahie par l’Armée de Libération du Peuple. Chaque mission est divisée en une série d’objectifs que vous pouvez aborder de la façon qui vous plaît : directe, en fonçant en ligne droite à travers les postes d’artillerie de l’ennemi, ou en faisant de larges détours autour de l’île. L’accent mis sur le réalisme implique qu’en dépit des armes contemporaines, on n’est jamais certain de tirer en pleine tête simplement parce que l’on a parfaitement cadré l’adversaire dans sa lunette. Pour les joueurs qui ont été maternés par les récents FPS militaires, le réveil sera difficile. Vous voulez passer du fusil d’assaut au bazooka ? Dans ce cas, il vous faudra en passer par une animation fidèle de 10 secondes dans laquelle vous posez votre arme au sol avant de sortir une roquette et de la charger avec précaution. Chaque manœuvre doit être soigneusement planifiée, il faut se rapprocher avant d’attaquer, utiliser le terrain et l’abri du feuillage abondant de l’île, penser comme un soldat et non pas comme un héros de jeu d’action.

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