Le piratage sur PC - Dossier (rediffusion de l'été) • Page 2

Les DRM, c'est la deurm !

La remarque de Svensson sur le fait qu'il faut minimiser l'impact des DRM sur les consommateurs est essentielle ; les DRM sont perçus comme une nuisance (s'en est une ! ndrc). Il y a deux ans, les DRM de SecuROM DRM tenaient le haut du pavé. Ils avaient assis leur notoriété grâce à des jeux comme BioShock et Spore en restreignant le nombre d'installations par jeu - l'idée étant qu'une version communautaire piratée et distribuée sur des torrents ne tarderait pas à se bloquer.

Ces limites d'installation appartiennent désormais au passé ; aujourd'hui, ce sont les vérifications en ligne qui incorporent les DRM. Ubisoft s'est violemment affronté à la communauté des joueurs sur PC en exigeant une connexion Internet permanente (ce qui dans la plupart des cas a été assoupli ultérieurement ). Ubisoft Reflections, le développeur de Driver : San Francisco a déclaré qu'une société avait parfaitement le droit de protéger ses investissements. Et c'est ce qu'il a fait.

Quelle que soit la méthode de protection, qu'il s'agisse de percer des trous dans une disquette ou d'exiger une vérification en ligne, une question cruciale ne manque pas de se poser : pourquoi quelqu'un ayant acheté un jeu devrait-il subir plus de tracasseries qu'un pirate, avec des vérifications en ligne et tout le toutim ?

« Les clients ont raison de se plaindre des DRM dans la mesure où ils impactent à la fois les utilisateurs légaux et illégaux », admet Pachter. « Le problème est que les firmes pensent qu'ils limitent le piratage, mais qu'un hacker patient et déterminé peut les contourner, tandis qu'un acheteur régulier doit subir leurs inconvénients. Je ne sais pas trop ce qu'il faut en penser, car je respecte le droit des firmes à protéger leur propriété intellectuelle tout en jugeant recevables les plaintes des clients légaux vis-à-vis des problèmes créés par les DRM. »

"L'utilisation des DRM permet à l'éditeur d'améliorer la rentabilité d'un projet de façon significative."

Christian Svensson, PCGA et Capcom

« Le challenge est aujourd'hui de récompenser les utilisateurs légaux », estime Guillaume Rambourg, le directeur de gestion de GOG.com. « Si vous rendez l'expérience de jeu plus complexe et plus énervante pour les gens qui achètent le jeu, s'il est plus facile de jouer à un jeu piraté parce que toutes les restrictions techniques ont été enlevées, alors je pense qu'il y a là un énorme problème. Il devrait être plus facile de jouer à un jeu que l'on a acheté légalement qu'à un jeu que l'on a piraté.»

« Il y a de bons DRM et ce que nous appelons de mauvais DRM », explique Svensson. « Nous disposons d'un large éventail de paramètres et de techniques. Aucune technique n'est mauvaise a priori, mais sa mise en oeuvre peut être mauvaise, de même que la communication sur son implémentation. Ce que nous essayons de faire - et nous n'y sommes pas toujours parvenus - est de ne jamais gêner l'utilisateur légal. Si l'utilisation est plus pénible pour quelqu'un ayant acheté le jeu que pour un pirate, on peut considérer qu'on a raté son objectif. »

Il est de toute première importance, déclare Svensson, d'être « parfaitement honnêtes avec les fans ». Il a d'ailleurs lui-même déjà reçu auparavant une volée de bois vert de la part de ces mêmes fans.

« Nous avions eu à l'époque, l'idée pas terrible de restreindre le contenu quand le joueur n'était pas en ligne ; il pouvait jouer, mais devait se contenter d'une expérience inférieure. Vous aviez par exemple des restrictions au niveau des personnages avec Super Street Fighter IV Arcade Edition. Par contre, si vous étiez connectés et reconnus comme un utilisateur légitime, vous aviez naturellement accès à l'ensemble du jeu. Un nombre énorme de fans nous ont dit que cette approche n'était pas bonne du tout et, après avoir discuté du problème et l'avoir retourné dans tous les sens, nous avons convenu qu'ils avaient raison et nous avons abandonné le procédé. »

« Par la suite, nous avons fourni une meilleure expérience qu'avec un jeu piraté, qui devait faire tourner une machine virtuelle pour simuler la réponse réseau, ce qui impactait la vitesse. Voilà donc un exemple où les fans ont formulé des remarques intelligentes et convaincantes auxquelles nous avons réagi en enlevant ces DRM - dans un cas avant le lancement, et dans un délai d'une semaine et demie pour le reste des versions, ce qui n'a pas été facile à faire. »

" Les consommateurs ont raison de se plaindre des DRM dans la mesure où ils impactent à la fois les utilisateurs légaux et illégaux."

Michael Pachter, analyste, Wedbush Morgan

Certains laissent entendre que l'effet pervers des DRM est d'encourager le piratage. Le créateur de Minecraft, Markus "Notch" Persson, a effrontément dévoilé un « secret de professionnel », à savoir que si l'on pirate les jeux Ubisoft au lieu de les acheter, ils continueront à fonctionner parfaitement bien au cas où la connexion Internet viendrait à être interrompue, ce qui n'est pas le cas avec les versions légales (de certains jeux, ndrc). Son propos était d'affirmer qu'utiliser un système de DRM qui encourage le piratage était « aberrant ». Rambourg partage ce point de vue.

« Le piratage est une sorte d'ennemi fantôme, et chasser un ennemi fantôme est un pur gaspillage de temps et de ressources. La seule façon de combattre le piratage est de faire en sorte que l'expérience de jeu soit facile, adaptée et agréable pour l'utilisateur », dit Rambourg.

« Si vous rendez une expérience irritante ou pénible pour l'utilisateur, celui-ci sera tenté de se tourner vers le piratage. Il faut absolument faire en sorte que quelqu'un qui achète un jeu, que ce soit par téléchargement numérique ou dans un magasin, n'ait plus qu'à l'installer pour y jouer directement sans le moindre problème. Nous vivons aujourd'hui dans une société où tout va très vite et tout ce qui demande plus de cinq minutes est considéré comme pénible par tout le monde.

« Si vous rendez le processus trop pénible, même un joueur animé des meilleures intentions sera tenté de s'essayer au piratage. Ce problème devrait être l'obsession de ceux qui luttent contre le piratage. Mettre des mesures limitatives ou imposer des restrictions techniques, que ce soit des DRM ou n'importe quoi d'autre, ne peut qu'encourager le piratage. »

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