Shadow Complex

La nouvelle bombe d'Epic

Vous est-il arrivé de lâcher une pierre dans un trou pour estimer sa profondeur ? Si Jason Fleming avait fait cela pour sonder l'immense cavité qui marque le début de Shadow Complex, aucun « plouf » ne lui aurait répondu. Cette ouverture, dans laquelle est descendue sa copine il y a à peine deux minutes, est la gueule d'un abîme ; un trou de lapin qui va le conduire involontairement dans un complexe militaire souterrain, le décor d'un genre de jeu depuis longtemps abandonné qui va le conduire à assumer le rôle de sauveur national. Avant qu'il ne ressorte, en faisant des triples sauts dans le soleil, vous aurez cartographié des dizaines de kilomètres de couloirs souterrains, déjoué un complot visant à faire sauter San Francisco et vu Jason Fleming se métamorphoser d'un plouc campagnard en un cyber-ninja.

Shadow Complex, c'est Super Metroid réinventé par J.J.Abrams. Son histoire est celle d'un thriller de bandes dessinées, qui balance un mec ordinaire dans des situations extraordinaires qui le font se transformer de façon peu crédible en une armée à lui tout seul. Fleming est un héros d'action américain typique, qui balance à un moment des grenades et des missiles avec une désinvolture primesautière, et l'instant d'après progresse comme une mort rampante dans des conduits d'aération à la recherche de sa compagne enlevée. « Tu n'es pas le genre de mec à appuyer sur la détente », le défie un ennemi qu'il rencontre. Deux secondes plus tard, tandis que Fleming enjambe une petite mare de sang chaud créée par le moteur Unreal, vous pouvez presque entendre Mark Rein en arrière-plan scander « USA ! USA ! » au rythme de son poing brandi.

Pourtant, malgré sa démesure hollywoodienne, les origines de Shadow Complex sont purement japonaises. Pour une fois, la référence à Super Metroid n'est pas une analogie facile faite par un critique paresseux en mal de comparaison. Epic Games a toujours manifesté son intention de ressusciter le jeu d'exploration classique en 2D à défilement latéral, popularisé d'abord par l'aventure spatiale prolifique de Nintendo et perfectionné plus tard par le Castlevania : Symphony of the Night de Konami. Par conséquent, même si l'histoire et le décor de Shadow Complex sont d'une absurdité coruscante, les mécanismes qu'ils habillent sont en or.

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Un certain nombre de missions VR fournissent encore des contenus supplémentaires pour ceux qui veulent absolument tout faire, en proposant des courses chronométrées ou au score le plus élevé encourageant la compétition sur Xbox Live.

En faisant revivre un genre que les Japonais avaient laissé pour mort, le jeu offre un instantané parlant de la globalité de l'industrie du jeu en 2009. Nous sommes en face d'un développeur américain rendu si téméraire par ses récents succès qu'il se sent qualifié pour réinventer un des classiques japonais sacralisés. C'est comme si Bungie décidait de refaire Super Mario. Impensable. Pourtant, le pari a payé. En faisant fusionner le design d'un jeu classique avec les techniques et les sensibilités actuelles, Epic Games et Chair Entertainment ont triomphé là où les développeurs japonais continuent de patauger. On tient au final un des meilleurs jeux de cette génération.

En dépit des apparences, Shadow Complex reste fondamentalement un jeu en 2D. Le passage au graphisme en 3D ajoute de la profondeur au monde et autorise quelques séquences programmées flamboyantes qui changent la perspective, mais Fleming ne peut se déplacer que vers le haut, le bas, la gauche et la droite. Les balles sont automatiquement tirées selon l'axe Z si un ennemi se tient en arrière plan, mais autrement leur trajectoire suit le balayage de votre stick analogique.

En surface, c'est un pur jeu d'action : étrangler des gardes avec le bouton B, sauter des barrières électrifiées avec le bouton A, se frayer un chemin à la Rambo dans des cages d'escaliers bourrés d'ennemis en appuyant sur les gâchettes. Cependant, comme tous les titres qu'il imite si soigneusement, c'est aussi un jeu de cartographie, qui demande aux joueurs de cartographier chaque virage et chaque recoin de la base pour obtenir le badge récompensant une complétion à 100 %. Des portes verrouillées et des obstacles gênent l'accès à la base, mais au lieu d'avoir à trouver les clés pour débloquer ces zones, vous devez au contraire trouver les upgrades qui permettent à Fleming de venir à bout de chaque type de blocage. Avant que vous ne trouviez l'adaptateur lance-missile pour votre arme, par exemple, toutes les zones verrouillées par un objet qui ne peut-être détruit que par des missiles vous restent interdites. Braquez votre lampe torche sur un objet et il scintillera de la couleur du renforcement indispensable pour le détruire : orange pour les balles, vert pour les grenades, violet pour la mousse carbonique, etc... Avant d'avoir trouvé l’upgrade correspondant, il sera impossible de franchir les zones protégées par ces objets, ce qui permet aux designers de distiller au compte-gouttes les accès au gigantesque complexe.

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