Sid Meier's Civilization Revolution

Réinventer la roue (en l'occurrence une roue légèrement plus petite).

Heureusement, l’annonce surprise il y a peu de Civilization IV : Colonization a calmé l’hystérie des joueurs de jeux de stratégie qui craignaient que Révolution, une version édulcorée de style cartoon de l’enfant chéri (ou du moins le plus lucratif) de Sid Meier ne soit que le seul avenir de cette série au long cours. Cette dernière n’est après tout rien de plus qu’une suite opportuniste et venue de nulle part d’un jeu PC au tour par tour de 1994 sur le commerce du rhum entre l’Amérique et l’Europe.

Bon, ce que je dis est sans doute du chinois pour ceux qui ne connaissent pas bien Civ. En fait, dans deux articles précédents, j’ai parlé de l’impression laissée par Civ Rev et en quoi cette version repensée pour les consoles différait des jeux Civilization sur PC, que nous connaissons depuis plus de dix ans, mais ce que je n’ai pas dit, c’est comment il se jouait. Par conséquent, pour les nouveaux venus intégraux reprenons tout depuis le début.

Civilization est un jeu sur le tribalisme. Il commence au niveau barbare (avec des mecs hirsutes armés de massues qui tapent sur d’autres mecs hirsutes armés de massues) et finit à l’autre extrême – dans la mesure où votre tribu domine les autres par la technologie, la culture, le commerce ou la puissance militaire. En d’autres termes, vous choisissez une nation et vous la faites évoluer d’un groupe d’hommes des cavernes en une société qui construit des usines et des tanks.

Pour ce faire, vous explorez le monde, vous recherchez des améliorations scientifiques, vous créez des villes et vous les améliorez, vous serrez les mains des dignitaires étrangers – ou bien vous mettez sur la tronche de tout ce qui se met en travers de votre route avec vos massues/épées/lances/fusils/mitrailleuses/ogives nucléaires. Le jeu est entièrement au tour par tour, vos armées miniatures se déplaçant sur la carte carré par carré, et une flopée d’indicateurs montent ou descendent progressivement – dans l’idéal il vaut mieux qu’ils montent. Honnêtement, il n’y a aucune raison pour que ce ne soit pas du tour par tour. Vous avez besoin de temps et de réflexion pour choisir ce que vous voulez que vos villes construisent, pour décider si envahir tel territoire est ou non une bonne idée, et vous préparer à répondre à l’éventuel déploiement des canons Zoulous dans votre direction. La victoire revient à celui qui pense le mieux, pas à celui qui réagit le plus vite.

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Les statistiques de rapport de force sont un peu trompeuses – des jets de dès invisibles jouent un rôle important – même si elles sont superbement présentées.

Personnellement, j’ai tendance à être pacifique dans ce genre de jeu. Si j’ai le choix, je préfère me mettre dans un coin tranquille de la planète, faire le dos rond et construire mon empire tout seul dans mon coin – pas en piquant avidement le terrain et l’argent des autres. Par conséquent, il faut un peu de temps pour s’habituer à Civ Rev, parce qu’il n’est pas possible d’adopter cette stratégie. C’est inévitablement un jeu d’affrontement – dans lequel on est en permanence nez à nez avec ses rivaux. Si vous vous en tirez bien, les nations rivales – toutes aussi déterminées que vous à régir ce monde divisé en carrés – vous menacent constamment d’annihilation si vous ne leur cédez pas vos trésors.

Leurs demandes sont minimes au début, mais deviennent très vite démesurées. Non Gandhi, je ne peux pas te donner 500 pièces d’or. Non, Reine Elizabeth, je ne vais pas te donner le secret du moteur à vapeur. Même si j’essaie de réagir le plus placidement possible – 200 pièces d’or seraient-elles suffisante pour le mec en toge ? Le secret de la Monnaie calmerait-il Elizabeth ? – tout aboutit très rapidement à la capitulation ou à la guerre. J’ai joué plus d’une vingtaine de fois à Civ Rev et pas une seule fois je n’ai pu éviter d’en venir aux mains avec un ou plusieurs voisins hystériques. La plupart du temps, j’ai fini par balayer les autres civilisations juste pour les empêcher de venir marcher sur mes plates-bandes.

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Les personnages ont été très travaillés, mais vous êtes généralement tellement concentré sur votre situation que vous les enlevez de l’écran immédiatement.

C’est comme cela et il faut s’y faire, il n’est pas possible de jouer Civ Rev comme Civ. Les systèmes fondamentaux sont les mêmes, même s’ils sont énormément (et parfois brutalement) simplifiés, mais alors qu’il était, dans une certaine mesure, possible de jouer à son rythme son grand frère sur PC, celui-ci vous colle une armée de fourmis rouges dans votre lit. Si vous essayez de dormir, vous serez mangé tout cru. Tout bouge tout le temps et, si vous ne bougez pas au même rythme, vous n’irez nulle part. Cela dit les deux niveaux de difficultés les plus faciles sont d’une mansuétude presque grotesque, mais vous aurez très vite envie d’un défi plus costaud. Même si vous visez spécifiquement une victoire économique, culturelle ou technologique, vous devez être prêt à verser le sang en cours de route.

Même si je déplore que l’on n’ait pas le choix de jouer plus subtilement, cette pression constante est parfaitement cohérente et c’est la seule façon de faire en sorte qu’un match se conclut d’une manière satisfaisante en une paire d’heures. C’est également un choix intelligent pour un jeu qui devra peut-être batailler pour attirer un public tout nouveau. Faire hurler les fans actuels de Civ (et ce sera le cas – du moins les plus en colère et les plus snobs d’entre eux) en jetant trop de bébés-nuances avec l’eau du bain est une chose, mais être perçu comme trop complexe, trop lent, trop stratégie au tour par tour par le tout venant des joueurs sur consoles serait un désastre.

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