Test - Spore
Vers l’infini et au delà.
Il y a quelques années, lorsqu'on nous a présenté Spore pour la première fois à l’E3 de Los Angeles, nous étions un peu dubitatifs. Bien que le concept nous paraissait prometteur, hormis l’effet d’annonce «le nouveau jeu de Will Wright, le créateur des Sims», EA n’avait alors pas grand-chose à montrer. L’année suivante, on nous a présenté en grand secret la phase «Cellule» du jeu. Et là, il faut bien le dire, on s’est vraiment demandé où allait le développeur. Agiter une amibe à l’écran en mangeant des petites boules pour grossir ça nous a paru être un truc complètement à côté de la plaque. Au lieu d’un titre censé être révolutionnaire, on nous montrait un petit jeu d’arcade.
Puis, ce fut un peu le silence radio pendant deux ans. Des années pendant lesquelles EA et Maxis ont travaillé d’arrache pieds sur Spore. Pourtant, les premières impressions laissées par les présentations de l’E3 nous ont fait douter du jeu. Un sentiment qui a dominé jusqu’à ce que nous ayons la possibilité d’aller chez Maxis il y a quelques semaines pour prendre Spore en main. Nous nous demandions alors toujours si cela allait être un chef d’oeuvre ou un ratage total.
Puis, en début de semaine dernière, nous avons reçu une version finale du jeu, et depuis, quand quelqu’un rentre dans le bureau, il nous voit, Laurent et moi avec un espèce de sourire béat en train de nous esclaffer devant nos écrans respectifs, admirant les pérégrinations de nos créations virtuelles. Et oui, malgré tout ce qui a été dit sur Spore depuis des mois, toutes les occasions que nous avons eu de voir le jeu, jusqu’à la visite à Paris de Will Wright en personne il y a peu, nous ne nous doutions pas de l’effet que pourrait avoir ce jeu sur nous et le plus surprenant, c’est que ce qui nous a emballé n’est pas forcément là où on s’y attendait.
La phase Cellule : un rapide jeu d’arcade frénétique qui aurait pu s’intituler "Manger ou être mangé"…
Comme vous devez certainement déjà le savoir, à moins que vous n’ayez hiberné dans un caisson cryogénique ces sept dernières années - durée annoncée par Will Wright pour le développement de Spore – le dernier né des studios Maxis vous porte à prendre en main la destinée d’une espèce depuis ses premiers battements de cils aquatiques sous la forme d’une cellule primitive jusqu’au stade d’une civilisation technologiquement avancée qui se lance à la conquête des galaxies. Spore est donc ce que l’on appelle un God Game, ou plutôt une succession de mini God Games dans lesquels le joueur façonne un univers et ses créatures. Pour Tom, mon confrère anglais, le joueur n’est pas vraiment Dieu, mais serait plutôt l’Evolution en tant que telle. Je suis carrément d’accord avec lui. C’est une excellente analyse, même si nos avis divergent un petit peu sur le jeu.
Will Wright de son côté décrit cela comme un «voyage épique à travers l’évolution». Ce qui me pousse à tirer un coup de chapeau au fondateur de Maxis qui met en avant la théorie de Darwin à une époque où les défenseurs du candidat du Parti Républicain à la présidence des Etats-Unis souhaiteraient imposer l’enseignement du créationnisme dans les écoles américaines.
Pour simuler cela, le jeu se divise en cinq périodes spécifiques, de difficulté croissante et offrant chacune un type de gameplay différent. En phase Cellule qui dure quelques minutes, Spore est selon Will Wright «une sorte de Pac Man», un petit jeu d’arcade dans lequel on dirige une créature aquatique simple. Elle doit manger des algues ou d’autres cellules selon qu’elle soit carnivore ou végétarienne, échapper aux prédateurs et évoluer jusqu’à pouvoir faire ses premiers pas sur la terre ferme.
La phase Créature vous permet de faire évoluer votre espèce et d’accéder à l’Atelier des Créatures.
En phase Créature, Spore se transforme en un jeu d’action en vue à la troisième personne. Elle dure environ deux heures. Le but est de former un clan et de faire évoluer son espèce afin de survivre à son nouvel environnement. A vous de choisir à vous allier avec d’autres races de créatures en effectuant des pas de dance, en chantant, en faisant le beau… ou de les éliminer manu militari. C’est également la partie du jeu où l’on commence véritablement à se familiariser avec l’Atelier des Créatures. Votre attitude vis-à-vis des autres et l’évolution de votre espèce influence les options dont vous disposerez lors de la phase suivante intitulée Tribu.
C’est précisément lors de cette phase que Spore prend un tournant plus gamer et s’oriente vers la stratégie et la gestion. La phase Tribu qui dure elle aussi environ deux heures est un jeu de stratégie temps réel où l’on contrôle un village à partir duquel il faut prendre le pas sur une poignée d’autres peuplades, en s’alliant avec elles ou en les combattant. Bien que l’on ne puisse contrôler que douze créatures au maximum, cette troisième étape dans l’évolution de son espèce affiche une vraie dimension tactique que je ne soupçonnais pas au départ. D’ailleurs, globalement, ces trois premières phases de jeu se révèlent bien plus amusantes que j’avais pu le penser au départ. A l’inverse les deux dernières étapes, plus «gamer», en tous cas de conception plus classique dans la lignée des grands Tycoon de Maxis, qui apportent, à mon sens, moins de surprises.
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