Secret of Monkey Island : Special Edition

Aussi bon qu’au premier jour

La semaine dernière, Ken Levine (BioShock) expliquait quels étaient les jeux qui l'avaient fait devenir le joueur qu'il est. Actuellement, on ne pose cette question que pour les musiques ou les films. "M. Christophe Maé, quelles sont donc les influences musicales qui vous ont fait devenir ce que vous êtes ?". "M. Uwe Boll, quels sont les films qui ont compté dans votre vie ?". Dans quelques années, on demandera effectivement aux game designers les plus en vue les jeux qui ont compté pour eux. J'ai du mal à imaginer que Monkey Island ne revienne pas souvent. Comme vous le savez si vous suivez ce site régulièrement, pour moi, The Secret of Monkey Island fait partie de ce peloton de tête de jeux si particuliers. Non, ce ne sont pas vraiment les jeux auxquels on préfère jouer : ce sont tout simplement les premiers chocs ludiques que l'on a reçu.

Ce titre de Ron Gilbert a permis à plus d'une personne de comprendre que le jeu vidéo pouvait aller bien plus loin que les caricatures auxquelles il se cantonnait à l'époque. Non, les jeux n'étaient pas simplement du tchac-tchac / boum-boum. Ils ne généraient pas non plus que du rire gras. Avec Monkey, quelqu'un apportait la preuve que la finesse de l'écriture pouvait également apparaître, qu'un jeu pouvait être plus drôle qu'un film, même des Monty Python. Le jeu vidéo se sublimait. Reste à savoir si quasiment 20 ans après, la magie opère encore. Question bête en fait. Autant se demander si "2001, L'odyssée de l'espace" est toujours aussi merveilleux, si "Les Misérables" n'ont pas pris un coup de vieux, si Gainsbourg est soluble dans le 21ème siècle.

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Les premières fois que l'on rencontre un personnage, il apparait souvent en gros plan. Celui-ci est un des gros plans supplémentaires par rapport à la version originale.

C'est avec un énorme a priori que j'ai attaqué ce test. Un double a priori en fait. Le premier, c'est que Tales of Monkey Island ne m'a qu'à moitié branché. Étais-je devenu allergique à l'univers des îles, mis à part celle de Crysis ? Ou alors allais-je m'ennuyer comme à chaque fois que j'ai réinstallé un abandonware ? Avez-vous déjà fait cette expérience ? Réinstaller le jeu de votre enfance, replonger dans la borne d'arcade sur laquelle vous avez passé des heures ? Dans 95% des cas, l'expérience est peu concluante et on se dit que les souvenirs sont lamentablement embellis. Cela doit être dans la nature humaine. Vous vous souvenez de vos cours de récré comme des instants magiques ? C'est que vous en avez exclu les petites teignes qui faisaient la loi, les filles qui vous rembarraient, les heures de colle pour avoir sauté par-dessus des feuilles en feu… Autant de raisons pour ne pas s'inscrire aux sites de retrouvailles écolières ! Or, avec Monkey, ce n'est pas du tout cela qui s'est produit. L'aspect remake y est sans doute pour beaucoup. Mais en plus, on s'aperçoit que l'excellence n'a pas d'âge.

Mais ce test s'adresse avant tout à ceux qui n'étaient pas là il y a 20 ans, parce que pas nés, peut-être. The Secret of Monkey Island commence de façon très étrange mais déjà ça, c'est voulu, cela fait parti du grand dessein de Ron Gilbert, génial créateur de la série. Guybrush Treepwood ne se réveille pas de chez lui, il n'embarque pas sur un bateau à l'aventure, il arrive, plop, par derrière un rocher, comme téléporté d'un autre monde. Cette entrée a vraiment une saveur particulière. Il rencontre un vieux qui lui apprend que s'il veut devenir pirate, il faut aller au SCUMM Bar, repaire de malfaisants en tout genre. Le premier chapitre de cette aventure consistera à prouver aux flibustiers que vous êtes apte : vous savez combattre, voler et trouver un trésor. Ce sont les trois épreuves nécessaires.

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Guybrush se baladera sur cette île et croisera des pirates sur son chemin. S'ensuivront les combats d'insultes.

Alors pour les combats, c’est spécial. Il ne s'agit pas de manier l'épée mais de maîtriser les joutes oratoires : ce sont des combats d'insultes ! Et des moments phares du jeu. En vous baladant dans l'île, vous croiserez des pirates. En sortant leur lame, ils vous insulteront. Bien entendu, au début de cette épreuve, vous ne saurez rien rétorquer. Mais vous aurez appris une insulte. Vous pourrez la rebalancer au pirate suivant. Qui aura peut-être la réponse contre-attaque. Petit à petit, vous aurez ainsi appris les attaques et les réparties. Ce procédé est tout simplement tordant et implicitement, on distingue un message très clair, celui de la supériorité du verbe sur les lames. Et c'est évidemment là qu'on se dit que Telltale n'a rien compris à la philosophie Monkey en proposant une scène où Guybrush plante son épée dans le bide de Lechuck dès les premières minutes de "Tales of".

Ah tiens, oui, LeChuck, parlons-en. C'est le bad guy de l'histoire. Au départ, c'est un pirate qui s'amourache du gouverneur de l'île, Élaine (oui, c'est une fille). Celle-ci, absolument pas intéressée par un éventuel flirt avec ce sale bonhomme lui conseille d'aller au diable. Et il y va. Dans les enfers. LeChuck n'a alors plus qu'une idée en tête : faire régner la terreur sur les mers. Il détruit tous ceux qu'il croise, pirates ou corsaires. C'est pour cette raison qu'il y a autant de navires à quai et de pirates au SCUMM Bar remplis au grog. La peur les empêche de naviguer. Et bien entendu, c'est Guybrush qui devra éclaircir la situation.

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