Torchlight

Aller toujours plus profondément

Ma chatte peut invoquer des zombies. D’une certaine façon, c’est tout ce que j’ai toujours désiré d’un jeu vidéo – quelque chose de totalement, merveilleusement et délibérément absurde que je puisse faire avec une facilité dérisoire. Le genre de chose que seul un jeu vidéo peut permettre. Je ne plaisante pas, ma chatte peut vraiment invoquer des zombies. Je n’ai même pas besoin de lui dire de le faire. Elle le fait d’elle-même, parce que je lui ai donné le sort pour le faire. Je pourrais les invoquer moi-même, mais je n’ai pas envie de m’embêter à rajouter un raccourci supplémentaire au répertoire des boutons gauche et droit de ma souris. Le jeu le fait donc pour moi, via les curieux pouvoirs de nécromancie de ma chatte.

Et Torchlight est tout le temps comme ça – c’est comme Diablo mais avec une pléthore de « et si ? ». Tout ce qu’il y a à faire, c’est cliquer pour tuer des choses, cliquer pour ramasser des choses et cliquer pour répartir des points de statistiques et de compétence – mais, et si votre chatte pouvait invoquer des zombies ? Et si vous pouviez faire jaillir de vos mains un rayon laser géant ? Et si vous pouviez manier deux énormes baguettes à la fois ? Et si la dite chatte pouvait vendre le butin dont vous ne voulez pas à votre place ? Et si quelqu’un faisait un RPG hack n’ slash dont le but principal serait de vous récompenser si fréquemment qu’il y aurait de quoi se demander avec effroi si l’on n’a pas utilisé d’un seul coup, quoiqu'avec une munificence de cadeaux, tous les Noëls de sa vie ?

Au moment où j’écris ces lignes, Torchlight n’est sorti que depuis quelques jours, mais pendant tout ce temps là, les joueurs sur PC n’ont fait que parler de lui. Cela peut se comprendre – nous avons été alléchés par le spectre brillant de Diablo III pendant tellement longtemps. Depuis Diablo II, en fait, c’est à dire depuis 2000. Pendant tout ce temps, nous avons attendu, prié, supplié pour avoir quelque chose pour gratter cette obsédante démangeaison compulsive. Nous avions envie de tuer un tas de choses fantastiques très rapidement et nous voulions que l’on nous donne tout plein d’épées aux caractéristiques complexes pour le faire. Des prétendants se sont présentés et sont repartis – le récent Titan Quest d’Iron Lore étant généralement considéré comme le plus réussi – mais aucun ne nous a tout a fait comblés.

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J'ai vraiment fait des étincelles !

Après la sortie de Torchlight, le web s’est rempli de commentaires du genre : « Je pensais y avoir joué une petite heure avant le dîner, mais quand j’ai regardé l’heure je me suis rendu compte que j’étais mort de faim parce que j’y avais joué pendant trois millions deux cent soixante douze ans.” Des histoires géniales, vraiment géniales. Cela dit, aussi banales qu’elles puissent paraître, elles sont horriblement précises. Torchlight est LE jeu – celui auquel on ne peut s’arrêter de jouer, parce qu’il repose sur les piliers les plus jouissifs du jeu vidéo : tuer des monstres et ramasser des objets, et le lien infrangible qui les unit.

C’est plus connu ces derniers temps comme la formule des MMO – une formule souvent méprisée – parfois à juste titre, mais qui donne ici un manège perpétuel d’un amusement joyeusement stupide. Vous tuez des centaines de chiens gobelins, de nains maléfiques, de toutes sortes de dragons et d’araignées géantes parce que vous voulez une plus grosse épée, une plus grosse baguette ou un plus gros chapeau. Dès que vous obtenez cette plus grosse épée/baguette/chapeau, vous en désirez immédiatement une autre et vous allez de l’avant en traçant un chemin sanglant. C’est un système de récompense à court terme porté à son summum, une carotte perpétuelle dont le seul revers de bâton est potentiellement de nuire à vos relations sociales et de vous détourner des exercices physiques.

Torchlight évacue tout ce qui pourrait nuire à cette sensation de récompense immédiate. Il y a l’animal de compagnie cité plus haut qui se transforme en vendeur et quand vous ordonnez à votre chatte (ou votre chienne si vous être un grand malade pervers) d'écouler et de fourguer tout ce dont vous n’avez pas besoin alors que vous n’en êtes encore qu’à la moitié du donjon, celle-ci revient avec des sacs vides mais un gros paquet d’argent liquide quelques minutes plus tard. C’est une fonction reprise telle quelle de Fate, un vieux RPG créé par l’un des créateurs de Torchlight, mais son retour ici est des plus bienvenus, évitant l’inventaire à la Tétris exaspérant de tant de jeux du même genre d’un maniement plus complexe. Par ailleurs, n’importe laquelle des trois classes de personnage de Torchlight peut utiliser à la base n’importe quel objet du jeu, du moment que l’on a affecté suffisamment de points de caractéristiques à la force, la dextérité, la magie ou la défense.

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