Viva Piñata

Où l'on se rappelle que l'on peut s'amuser sans découper ses adversaires.

Chez nous, on aime la violence. L’été, nous nous amusons à donner des noms aux fourmis qui grouillent dans la cuisine, à les épouser et à les écrabouiller ensuite avec un rouleau à pâtisserie. Quand des chats se retrouvent bloqués dans les arbres, nous envoyons des chiens pour les récupérer. Nous ne sommes vraiment pas gentils. Malgré tout, l’année dernière à la même époque, nous avions trouvé difficile de ne pas tomber amoureux du petit jeu futé de Rare, qui consiste à bâtir un jardin pour accueillir de mignons petits animaux et jouer avec. Il est super sympa que les joueurs sur PC puissent désormais partager notre amusement et, même si la semaine a vu débarquer sur nos bureaux des jeux comme Super Mario Galaxy, Mass Effect, Uncharted : Drake's Fortune et Crysis, nous avons occupé le gros de nos soirées à la routine relaxante consistant à cajoler et bichonner de petites choses appelées Squazzils, Cocoadiles et Quackberries.

Cette version de Viva Piñata est pratiquement identique à celle sortie sur Xbox 360. Comme on commence avec un jardin bosselé et en friche, il faut jouer de la pelle pour aplanir le terrain et le nettoyer de toutes ses saletés avant d’y faire pousser de l’herbe, de planter et d’arroser quelques graines, et de construire des maisons pour les vers et les oiseaux – en l’occurrence des Whirlms et des Sparrowmints, pour emprunter au lexique un peu cucul de l’Encyclopédie animalière de Rare. (Pourquoi pas la Doudoucyclopédie ? On n’en est pas à un mauvais calembour près). Contraste amusant avec cet univers policé, le premier gros travail est de faire en sorte que les animaux copulent entre eux pour procréer de nouvelles créatures et il n’y a aucun problème à ce que le père et la mère se séparent pour s’adonner au plaisir de l’inceste virtuel, même si le jeu – a priori plus destiné aux enfants qu’aux adultes – évite pudiquement de s’étendre sur le sujet.

Un ensemble de règles cohérent définit si les animaux vont visiter votre jardin, s’ils vont décider de rester et sont prêts à se reproduire, mais rien ne vous dit par avance comment les attirer, ce qui encourage à faire des expériences car le jeu propose diverses options – de nouvelles graines, du nouveau mobilier de jardin, dont différentes maisons pour animaux. Tout cela se fait dans la joie, car chaque nouvel animal est un ami virtuel amoureusement modélisé, dont le comportement, le territoire et la danse nuptiale, sont distincts de tous les autres et étonnamment plaisants. Les papillons de nuit vivent dans des ampoules électriques géantes, les Quackberries dans un petit vaisseau pirate et les cerfs Doenut se réfugient dans une discothèque au look flashy quand la nuit tombe. Chaque danse de l’amour est accompagnée de sa propre musique et de sa propre vidéo de danse, et une des grandes forces du jeu est que la même attention a été portée à chacun des douzaines d’animaux familiers au niveau du graphisme et de la musique.

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Tenter de convaincre de nouveaux animaux de rejoindre le bestiaire de votre jardin, va vous faire passer des nuits blanches.

Le mécanisme du jeu est épouvantablement accrocheur. Quand un animal nouveau s’intéresse à votre travail, vous feuilletez l’Encyclopédie à la recherche d’informations et vous essayez ensuite de gérer vos achats, vos ventes et votre élevage pour atteindre le bon équilibre entre les objets et les résidents de manière à lui donner envie de se joindre à vous de façon permanente. Les problèmes de logement et d’élevage se font progressivement de plus en plus pressants. Des complications comme les fléaux – de diaboliques petits animaux rouges qui envahissent et empoisonnent votre piñata jusqu’à ce qu’on les empêche d’entrer ou qu’on leur donne une bonne raison de partir – s’ajoutent à un éventail sans cesse plus diversifié de boutiques, de graines et de querelles inter-raciales pour ne jamais rendre ennuyeux le rythme de vos tentatives. Il y a, à tout moment, une multitude d’approches possibles et tout plein d’éléments aléatoires et externes à prendre en compte dans son travail de paysagiste et de cultivateur. Que l’on désire simplement voir de nouvelles choses, tirer le maximum de ses petits animaux familiers (en trouvant des manières de les faire évoluer, voire même, dans un cas précis, de les croiser) ou juste créer un jardin agréable à l’oeil, on a toujours quelque chose de différent et d’intéressant à faire.

Certaines des choses auxquelles on aspire évoluent en temps réel et, même si le temps s’accélère la nuit, il faut quand même pas mal patienter avant de voir les choses fleurir, devenir amicales ou empoisonnantes, mais c’est une chose que l’on oublie complètement une fois envouté par la magie du jeu et la splendide cohérence du travail artistique de Rare - la magnifique gamme d’accompagnements musicaux, en particulier, suffit à faire passer les moments un peu désoeuvrés. Rare – dont le travail a été adapté sur PC par Climax - a fait en sorte de farcir le jeu de ressorts cachés et de bonus inattendus, comme un mendiant barbu qui mérite bien un dédommagement pour son fardeau, des serpents dont les oeufs se comportent bizarrement pour une raison qui s’avère tout à fait adorable, et tout un merveilleux ensemble d’aides au jardinage, comme divers engrais, qui méritent qu’on leur consacre un peu de temps pour examiner ce qu’il est possible de faire avec et qui n’est pas indiqué.

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Difficile de ne pas craquer quand c’est si mignon !

Côté moins, le processus de portage – souvent la plaie des joueurs sur PC qui sont contraints de patienter longtemps pour jouer à des jeux sur consoles réputés – n’est pas aussi bon qu’il aurait pu l’être. «Des jeux pour Windows – LIVE» est le mot d’ordre actuel, et, comme avec Gears of War, certains des premiers acheteurs ont connu des problèmes de plantage et rencontré diverses bizarreries dues à la tentative maladroite – et plutôt restrictive - de Microsoft d’imposer à toute force Xbox Live aux possesseurs de PC.

C’est vrai que les Missions déverrouillables poussent vers certains buts que l’on ne prendrait peut-être pas en considération autrement, mais le prix à payer est élevé. Le mécanisme de contrôle lui aussi fait pâle figure comparé à celui bien meilleur de centaines de jeux de gestion sur PC. Afin de pallier au manque de pad, la souris est utilisée pour sélectionner les choses, mais aussi – en association avec les touches ZSQD – pour relever, tourner et bouger la caméra flottante et l’interface. C’est intrinsèquement mal foutu, dès lors qu’il faut utiliser la molette pour réassigner à la volée les couleurs de bouton de la Xbox au bouton gauche, ce qui est une alternative franchement bizarre à la simple conception d’un système de contrôle plus adapté. Le fait que ce jeu de gestion conçu autour d’un curseur de sélection à l’écran soit bien meilleur quand on branche un contrôleur de jeu analogique à deux sticks (comme le contrôleur de la Xbox 360 pour Windows, comme par hasard) va surprendre et agacer ceux qui sont habitués à de bien meilleures alternatives.

Les menus sont également entièrement empruntés à ceux de la 360 et, encore une fois, peu pratiques. Les boîtes de texte ne sont pas redimensionnées, même si l’on joue dans la résolution la plus élevée possible, et il faut scroller pour lire une phrase de dix mots (et pas avec la molette, mais en utilisant les flèches). De même, faire le va-et-vient entre les écrans des boutiques, les écrans de l’Encyclopédie, les écrans d’informations et l’écran principal, par le biais de menus qui sont un poil trop longs à répondre, a de quoi irriter – sans compter que le bombardement initial d’alertes ineptes et d’annonces perturbantes n’aide en rien. Ce genre de désagréments s’évanouissent une fois que l’on entre dans le jeu, mais mieux vaut s’en souvenir. C’est un jeu bien meilleur quand on y joue avec un contrôleur de Xbox 360, de part sa conception même. La conversion pour PC ne fait que le strict minimum pour mériter les faveurs de ceux qui préfèrent jouer dans leur bureau plutôt qu’au salon.

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De nombreuses espèces peuvent évoluer. Celui-là était auparavant un Horstachio, mais c’est maintenant un Zumbug.

Malgré tout, il faut mettre au crédit des qualités indéniables du jeu le fait de pouvoir oublier ces désagréments et passer de longues nuits blanches à poursuivre des Galagoogoos, des Twingersnaps et des Roarios, retaper des taudis, construire des palissades et obtenir des arbres à bijoux à pleine maturité. Ceux qui joueront assez longtemps pour capturer le fugace et très convoité Dragonache ressentiront après leur périple dans le monde de Viva Piñata une plénitude et un bien-être radicalement différents de ce que procure l’expérience de la majorité des autres jeux. Une interface un peu plus élégante, moins de temps morts et une meilleure façon de vous aiguiller gentiment vers ses délices cachés auraient valu à Viva Piñata une note plus élevée, mais même avec ses défauts c’est un jeu qui mérite qu’on y joue et qui conforte dans la croyance qu’un jeu peut être amical et amusant à la fois. Essayez-le et incitez par là Microsoft à exploiter encore plus largement ces concepts intéressants et inhabituels que sa talentueuses bande de développeurs internes adore à l’évidence mettre en oeuvre.

8 / 10

Galerie d’images Viva Piñata sur PC

Comment nous attribuons nos notes Viva Piñata Tom Bramwell Où l'on se rappelle que l'on peut s'amuser sans découper ses adversaires. 2007-11-17T17:46:00+01:00 8 10

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